Mont-Riant, Février 1864.

A MA MÈRE MALADE

Ces trois fleurs, ma pauvre mère,
Font un bouquet bien petit;
Mais au Christ, que ta main chère
A pendu près de ton lit,
Leur nombre est une prière.

Il commence par la Foi
Et finit par l'Espérance;
Ainsi, nous prions pour toi,
Tous les trois d'intelligence:
Mon père, mon frère et moi.

Triste ou gai, le temps s'efface,
La neige s'évanouit
Au premier soleil qui passe.
Pour nos peines, vienne ainsi
Quelque beau jour qui les chasse.

Mont-Riant, 5 Février 1861, jour de Sainte-Agathe.

L'OUBLI

Ce chercheur d'oubli
S'exprimait ainsi:

J'éprouve un souci
Rien inexplicable:
Je cherche en vain si,
Dans ce monde-ci,
Le plus désirable
Des biens que Dieu fit,
C'est de boire à table
Ou dormir au lit.

Quand je bois, j'oublie
Jusqu'à ma folie,
Et je suis heureux;
Quand je dors, l'envie
De boire est partie
Et je perds la vie
En fermant les yeux.