C'est le myosotis, la fleur douce et pensive,
Étoile du gazon scintillant sur la rive,
Rayon du souvenir
Par qui l'amer regret se change en espérance
Et dont l'azur promet au coeur gros de souffrance
Un céleste avenir.

Trésor des coeurs aimants, combien tu nous rappelles
De vierges comme toi pâles, jeunes et belles,
Épouses du tombeau!
Tu fais revivre un nom parfumé d'ambroisie,
Un nom cher à l'amour, cher à la poésie:
Hégésippe Moreau.

Père, c'est le présent que mon amour t'apprête;
De mon coeur à ton coeur il sera l'interprète
Le plus digne de foi;
Sous des cieux étrangers m'accompagnant sans cesse,
Ce talisman dira, stimulant ma tendresse:
«Enfant, rappelle-toi.»

Margency, 25 Août 1864.

COLLOQUE D'AUTOMNE

LE POËTE.

Tel, dominant le cerf qui brame,
Le vent pleure dans les bouleaux:
Tel le tumulte de mon âme,
Pareil à celui de ces flots,
M'agite, et le fracas des lames
Couvre le bruit de mes sanglots.

Mer, toi dont le charme est sévère
Comme sévère ta splendeur,
J'aime ta beauté large et fière
Qui se mesure à la grandeur
De ton calme au chant séducteur,
Comme à celle de ta colère.

J'aime ton orgueil de géant
Et ta puissance révoltée,
Et ton désespoir effrayant
De te voir soudain arrêtée:
Toi qui semblais illimitée,—
Contre qui nul frein n'est puissant.

Déferlez, vagues bondissantes!
J'aime vos clameurs menaçantes;
Roulez sous le vent qui vous tord.
Votre voix, comme un bruit de mort,
Domine, à travers la tourmente,
La foudre qui gronde moins fort.