Il n'est point de souffrance au monde
Qui soit si grande et si profonde.
Que rien ne la puisse guérir.
Il n'est de blessures mortelles
Dont le temps, sur ses vastes ailes,
N'emporte jusqu'au souvenir.
Viens, enfant, calme ton délire.
Je connais ton cruel martyre;
Mais je suis l'Ange au doux sourire:
Avec moi tout peut rajeunir.
LE POËTE.
Ange! qui donc es-tu, toi, dont la voix sonore,
Comme un souffle de Dieu, murmure dans la nuit?
Tu parles de sourire? Ah! pour sourire encore,
Ignores-tu le poids du mal qui me dévore?
C'est un feu qui me brûle et partout me poursuit.
L'ESPÉRANCE.
Enfant, cède à ma prière.
Surmonte ta peine amère;
Je saurai te consoler.
A celui qui désespère
Ma présence est douce et chère;
Cesse de te désoler.
L'homme m'appelle Espérance.
Je suis soeur de la Souffrance:
Il n'est de douleur immense
Que je ne sache calmer.
LE POËTE.
Fille des cieux, retourne à celui qui t'envoie.
Mon âme à tout jamais s'est repliée en soi.
Parmi les souvenirs où mon être se noie,
Mon coeur désespéré n'entrevoit plus de joie.
Mon âme est sans espoir, et mon esprit sans foi.
Va! poursuis ton chemin, et donne, sur la route,
Ta main et ta jeunesse à celui qui t'écoute
Sans redouter encor d'être trompé par toi.
Pour moi, la Solitude accompagne ma vie:
Mère du doute et soeur de la Mélancolie.
Les destins sont écrits et mon coeur suit sa loi.
L'ESPÉRANCE.
Adieu! puisque tu me repousses.
Je pars et pleure en te quittant.
J'aurais voulu rendre plus douces
Les angoisses de ton néant.
Adieu! Si ta voix me rappelle,
Par hasard, un jour de malheur,
Tu me retrouveras fidèle;
Car je te suis à tire-d'aile,
Et je t'aime comme une soeur.