D'un pied rêveur elle sillait
L'onde, où son reflet vacillait
Comme dans un miroir qui bouge.
«Ton nom?» fis-je. Elle répondit:
«L'Espérance!» et se confondit
Avec l'azur de la mer Rouge.

III

Plus tard encore, errant toujours,
Plus las, plus seul qu'aux premiers jours,
Je la retrouvai sur ma route.
Mais son front, quoique jeune encor,
Semblait triste jusqu'à la mort,
Et portait les traces du doute.

Elle rit d'un rire nerveux
En secouant de ses cheveux
Je ne sais quelles fleurs décloses;
Puis, dans un sanglot, murmura:
«Je suis ta Gloire!» et s'engouffra
Dans la mer Bleue aux vagues roses.

IV

Et plus tard enfin, une nuit,
Rongé de fatigue et d'ennui,
J'ai vu cette ange de détresse.
Mais lors, pour la dernière fois,
J'entendis sa mourante voix
Qui me dit: «J'étais ta Jeunesse!»

L'eau la berçait comme un beau lis.
Sur sa gorge aux tons appâlis
Du sang se mêlait à l'ivoire,
Et je vis celle que j'aimais
S'enfoncer morte et pour jamais
Sous les flots verts de la mer Noire.

Mont-Riant, 18 Février 1865.

A MA MÈRE

Mère, crois-moi, ces quelques vers,
Si mauvais qu'ils puissent paraître,
Te portent mes voeux les plus chers
Et tout le meilleur de mon être.