Va donc…. Et maintenant du mal qui te harcèle
Meurs, ô mon triste coeur, brisé par ton amour.
Seigneur! ne vois-tu pas que ce coeur est plein d'elle,
De celle qu'en tous lieux ma pauvre âme rappelle;
Et que ce souvenir d'une amour immortelle
Poursuit ton pauvre enfant sans trêve et sans retour?
Dieu tout-puissant! quel est le destin qui me pousse?
O mystère éternel! que viens-je faire ici?
Meurs plutôt. Que ce soit la dernière secousse!
Ah! cent fois mieux valait mon éternel ennui
Qu'un amour qui me laisse une telle blessure!
Mieux vaudrait le dégoût que le mal que j'endure,
Mieux vaut n'aimer jamais que souffrir la torture
Dont l'amour nous flagelle ou qu'il laisse après lui!
Au moins, que cette amour, mon Dieu, soit la dernière!
Qu'elle brise mon coeur en atomes si fins,
Qu'il n'en reste pas même une trace éphémère!
Et que le vent d'automne en chasse la poussière
Devant la feuille d'arbre et l'écume légère
Que son souffle, au hasard, sème par les chemins!
1864.
IMPRESSIONS DE VOYAGE
I
Elle m'apparut, rasant l'eau,
Dans le sillage du vaisseau.
C'était le soir, elle était belle.
J'avais vingt ans depuis un jour;
Je compris qu'elle était l'Amour,
Et je tendis les bras vers elle.
Son sourire était caressant.
Elle me fit signe en passant
De la suivre à travers les ombres.
Mais soudain je la vis pâlir,
Pencher sa tête et s'engloutir
Parmi la mer Blanche, au flots sombres.
II
Quatre ans plus tard, sous d'autres cieux,
Las de traîner, silencieux,
Mon coeur et ses vaines alarmes,
Un matin je la reconnus,
Sortant des flots comme Vénus,
Et riant à travers des larmes.