Seigneur! qu'elle est jolie!
J'en ai fait ma folie;
Et sans elle, ici-bas,
Je n'existerais pas.
—Tout m'attriste et m'ennuie.
Sa soeur a de grands yeux
Bruns; mais les siens sont bleus.
On ne sait trop laquelle
Des deux est la plus belle.
—Je suis très-malheureux.
Et, deux fois la semaine,
A l'église elle mène,
Ange plein de douceur,
Son tuteur et sa soeur.
—Comment guérir ma peine?
Ma main souffletterait
Quiconque toucherait
Un cheveu de la tresse
De ma jeune maîtresse.
—J'éprouve un mal secret.
Le coeur me bat d'avance.
Le soir, lorsque je pense
Que va sonner pour nous
L'heure du rendez-vous.
—Quelle triste existence!
Certes, j'aime à plein coeur
Cette belle en sa fleur,
Et l'amour de ma mie
M'est plus cher que ma vie.
—Mais … j'aime aussi sa soeur.
Paris, Avril 1866.
ROUTADE
Décidément, la mort est belle.
J'ai dix-neuf ans, et je m'en vais
Me faire sauter la cervelle,
Pour en finir à tout jamais.
Celle que j'aime s'évertue
A se cacher je ne sais où:
L'ai-je rêvée ou l'ai-je vue?
N'importe, il faut que je me tue,
Pour qu'on sache que j'en suis fou.
Ce n'est point par amour du drame;
Mais enfin c'est original
De se tuer pour une dame
Que l'on a rencontrée au bal.