Quand la Nuit, sereine
Reine,
Tient l'homme abattu,
Vers la solitaire
Terre
Que regardes-tu?

La lumière adverse
Verse
Des rayons hagards.
Lune, que t'importe?
Porte
Ailleurs tes regards.

Va, pâle inconnue,
Nue,
Glisse au sein des nuits,
Laisse notre immonde
Monde
Tout chargé d'ennuis.

Glisse dans l'espace.
Passe.
Et, bouche sans voix,
Sache avec mystère
Taire
Tout, ce que tu vois.

Paris, Mars 1866.

MANDOLINE

J'ai pour unique amante
Une fille charmante,
A l'oeil profond et doux
Comme un ciel andalous.
—Quelque ennui me tourmente.

Son tuteur subrogé
N'a, certes, pas songé
Que je pourrais peut-être
Entrer par la fenêtre.
—Je ne sais ce que j'ai.

C'est un moyen pratique,
Très-vieux, mais poétique
Et qui, pour nos amours,
Nous est d'un grand secours.
—Je suis mélancolique.

Que j'aime la rougeur
De plaisir et de peur
Dont rougit, quand j'arrive,
Mon amante craintive!
—J'ai du noir dans le coeur.