Sa marche est coulante,
Lente,
Et ne s'entend pas.
Et le sinistre être,
Traître,
Guette à chaque pas,

Afin qu'il évite
Vite
L'oeil du gabelou,
Et, dans la broussaille,
S'aille
Cacher comme un loup.

La lune d'opale,
Pâle
Dans les bleus sillons,
Inonde la plaine,
Pleine
De pâles rayons.

O lune blafarde,
Farde
Ton visage blanc;
Tâche que ta face
Fasse
Un oeil moins tremblant!

Ton air morne et grave
Grave
Au fond de mon coeur
Ton grand trou livide,
Vide,
Au reflet moqueur.

Pauvre astre impassible!
Cible
De tant de rimeurs!
Est-ce de ce qu'on te
Conte,
Lune, que tu meurs?

Leur lyre énervante
Vante
Ton disque jauni.
Toi qui vois leur tâche,
Tâche
Que ce soit fini.

D'une voix émue,
Mue
Par un faux humour,
Est-ce toi qu'un homme
Nomme
L'astre de l'amour?

Ta méchante corne,
Qu'orne
Ta jaune couleur,
Est plutôt l'emblème
Blême
Qui porte malheur.

Ta prunelle éteinte,
Teinte
D'un morose éclair,
Semble une lanterne
Terne
Pendue au ciel clair.