Je sais bien ce que vous m'allez dire,
Stello; mais songez donc: vous me forcez ici
D'accepter un amant ou de perdre un ami.
STELLO.
Rosine, écoutez-moi. Pour un homme, le pire
Qui lui puisse arriver quand il est amoureux,
C'est de se voir bercer de ce mot vague et creux
Qui, s'il n'est un mensonge, est encor un blasphème.
Que me fait l'amitié de la femme que j'aime?
J'aime! C'est dire assez qu'il me faut votre corps,
Vos larmes, vos baisers, votre âme tout entière!
Et vous allez m'offrir une telle misère?
Appelez vos laquais pour me jeter dehors.
Soyez plus charitable en étant plus altière.
Avouez-moi plutôt que je vous fais horreur
Et que vous m'exécrez, que mon amour vous blesse,
Mais ne me plongez pas ce poignard dans le coeur
D'avoir encor pitié de moi dans mon malheur.
ROSINE.
Vous me comprenez mal et j'en ai de tristesse,
Failli pleurer, Stello.
STELLO.
Maudite ma tendresse
Qui fait naître une larme en un regard si doux!
O ma reine! Oh! pardon!
ROSINE, souriant.
Vous passez à l'extrême;
Ne soyez point trop tendre après ce grand courroux.
Vous aimé-je en ami? Je l'ignore moi-même.
N'ayant jamais aimé, sais-je si je vous aime?