Nohant, Juillet 1862.
NOTES AU CRAYON
La lettre qui sert d'introduction à ce recueil posthume indique assez le sentiment qui nous fait le livrer à l'impression.
Mais les personnes amies auxquelles ce livre est destiné ne s'expliqueraient peut-être pas la publication des boutades tristes ou railleuses, des réflexions décousues qui vont suivre, si nous ne leur disions les motifs qui nous ont porté à ne pas les éloigner de ce recueil.
Ces Notes étaient jetées au crayon sur un cahier où Prosper écrivait, de temps à autre, dans une forme sommaire et imparfaite, les fantaisies, les répliques, les oppositions de mots, les bizarreries qui se présentaient à son esprit.
Souvent il semble avoir voulu tracer une de ces légendes qui n'ont de valeur que lorsqu'elles se trouvent placées au-dessous d'un dessin de Gavarni ou de Daumier.
Si donc nous nous décidons à publier quelques-unes de ces Notes au crayon, ce n'est pas que nous ayons la faiblesse de leur attribuer une valeur morale ou philosophique; nous les publions parce qu'elles révèlent, mieux peut-être que tout ce qui précède, le tour d'esprit, l'originalité de cet ète charmant qui a été et qui a emporté la meilleure part de notre vie.
Nous prions nos amis de ne voir là aucune prétention puérile: nous n'en avons d'autre, en vérité, que celle de conserver quelques traits d'une physionomie délicate et fine, d'un talent qui n'a pas eu le temps de tenir ses promesses.
Nous avons dit que ces Notes révélaient le tour d'esprit de Prosper. Elles ont peut-être un autre mérite—si mérite il y a:—c'est qu'elles révèlent et prennent, en quelque sorte, sur le fait—bien à l'insu de leur auteur!—quelques traits aussi de l'esprit, des tendances, des déceptions, des tristesses du temps présent.
Il n'est pas, pour l'historien, de documents insignifiants: le moindre détail peut lui servir à expliquer, à reconstruire même certains aspects d'une société disparue.