Je crois que, si les ministres anglais veulent sincèrement l'évacuation de Rome, ils ne l'obtiendront qu'en ménageant des susceptibilités généreuses et, par cela même, plus difficiles à effacer. Vous avez vu ce que peu d'étrangers ont vu, leur intérieur, et vous en savez sur leur caractère plus que tous les ministres de l'Europe. Vous pouvez faire beaucoup de bien, je crois, en disant vos impressions. Je ne doute pas qu'à part celle que vous a laissée la montagne de la Rune, elles ne soient excellentes.
Ce matin, j'avais découpé un masque en papier pour le prince impérial. Il est entré dans le salon après le déjeuner, en disant: «Je suis monsieur Panizzi qui revient.»
Nous avons tous plus ou moins des inquiétudes dans les mollets. Un des chevaux est resté malade à Sarre. Ce n'est pas le vôtre, mais un de ceux de Sa Majesté. Les marins de Saint-Jean de Luz sont venus rendre visite à l'empereur hier. Cela faisait très bon effet de la terrasse. Il y avait une flotte de vingt bateaux. Vous pouvez penser que cela a fini par un fameux pourboire.
Ce soir, il y a bal. Nous avons fort admiré deux Circassiennes arrivant du Caucase, avec des yeux de gazelle et des cheveux tombant en tresses défaites sur de blanches épaules; très agréable mélange de civilisation et de sauvagerie, promettant de fameux profits pour le consommateur.
Bonsoir; portez-vous bien et recevez les compliments et les regrets de tous les habitants de la villa.
CVII
Paris, 9 octobre 1862.
(Très confidentielle.)
Mon cher Panizzi,