Sur cette belle invention, la paix s'est faite. Nous avons cherché noise à notre ami à cette occasion. Il se défend en disant qu'en restant il empêche un grand mal; que, s'il ne renverse pas ses ennemis, du moins il les empêche de gagner la bataille.
Le côté bouffon, c'est de voir qu'on renvoie un homme d'esprit pour le remplacer par un pédant; un homme dévoué à la dynastie par un légitimiste qui, il y a quelques années, renvoyait le brevet de sénateur avec dédain. Le plus drôle encore, c'est que MM. Fould, Rouher et Baroche insistent pour conserver Persigny, dont ils ont mille fois demandé le changement, et qu'ils ne veulent aujourd'hui garder qu'afin de ne pas paraître tout à fait opprimés.
Je crois que l'effet produit sera détestable. Tout le monde perd en considération; de tous les côtés, il y a faiblesse. Notre aimable hôtesse se fait un tort immense et se livre à des gens qui la trahiraient demain, ou qui la conduiraient dans un précipice. Tout cela est parfaitement bête et triste. Nous allons voir comment Drouyn de Lhuys va débuter. Il n'est pas impossible que la bataille recommence sous très peu de jours.
Adieu; je n'ai pas eu le temps de venir écrire cela avant le courrier.
CXI
Marseille, 19 octobre 1862.
Mon cher Panizzi,
Tout ce que vous dites est parfaitement vrai, et le grand malheur de l'affaire, c'est que personne n'y gagne, au contraire tout le monde s'y amoindrit, depuis le directeur du spectacle jusqu'aux acteurs.
Outre les considérations que je vous ai dites et qui ont influé sur la détermination de M. Fould, il y en a encore d'autres assez importantes. Le commerce et les gens d'affaires, qui ont grande confiance en lui, l'ont supplié de rester, protestant que sa retraite causerait des catastrophes terribles. D'autre part, il était à craindre que ses collègues, qui l'avaient soutenu jusqu'à un certain point, ne le lâchassent lorsqu'une transaction quelconque aurait été proposée.