Paris, 31 octobre 1862.
Mon cher Panizzi,
Toutes vos lettres me sont arrivées à bon port. Lorsque vous m'avez parlé du dîner que vous donniez au commentateur d'Homère, je n'avais aucun moyen d'en parler à nos amis. D'ailleurs, il est évident qu'on est très peu communicatif en ce moment. Je crois vous l'avoir dit: l'affaire que l'on voulait arranger par ce remue-ménage a manqué par l'opposition que nos amis y ont apportée. César avait-il son plan? Cela est probable. Ce plan a manqué, et le résultat a été un désappointement pour tout le monde.
La grande difficulté serait de faire comprendre à vos amis de Piccadilly et de Carlton Terrace [19] qui, fort judicieusement, prennent l'intérêt pour base de leur système, que, du côté de César, le sentiment joue un rôle si grand et si extraordinaire. D'un autre côté, on juge tout aussi mal. On veut voir partout des malices et des combinaisons ténébreuses. On se croit réciproquement plus mauvais qu'on n'est en réalité. Il n'y a pas moyen de s'entendre.
[Note 19: ][ (retour) ] Lord Palmerston et M. Gladstone.
Quant à M. Fould, en y songeant bien, il lui était difficile de faire autrement qu'il n'a fait. Cela ne veut pas dire qu'il a eu raison; seulement, lorsqu'il avait repris sa position, il a eu tort de ne pas insister davantage pour qu'on le débarrassât des intrigants et des drôlesses qui pouvaient lui nuire. Aujourd'hui, laissant sa casserole sur le feu, il aurait eu l'air d'avoir renoncé à l'espoir de faire un bon ragoût. Puis ses collègues n'étaient pas trop pressés de le suivre. Enfin, tout le monde des gens d'affaires était prêt à lui jeter la pierre et à l'accuser personnellement de toutes les conséquences. Je crains, ainsi que vous, que bientôt il n'ait à se repentir d'avoir cédé à toutes ces considérations; mais, d'ici à quelque temps du moins, on a trop besoin de lui pour le kick out.
Adieu, mon cher Panizzi. Je vous écris fort à la hâte. On m'a fait perdre du temps et voici l'heure de la poste.
CXIV
Paris, 18 novembre 1862.