Vous avez raison dans tout ce que vous dites au sujet de M. Fould. Je crois qu'il s'aperçoit lui-même à présent qu'il a pris le plus mauvais parti. D'un autre côté, on ne lui en sait pas le moindre gré; au contraire, on se souvient et on se souviendra de l'envie qu'il a eue de planter là tout, et je ne doute pas qu'un de ces jours, précisément quand il n'y pensera plus et qu'il sera plus disposé que jamais à rester, on ne lui donne son congé. D'un autre côté, il ne faut pas se dissimuler qu'en restant, lui et les autres, ils ont empêché leurs adversaires d'en faire à leur tête. Après ce combat, il n'y a pas eu de vainqueurs. Walewski et sa clique se plaignent d'avoir été trahis au plus beau moment et d'être réduits à l'impuissance.
Le grand auteur de tout cela n'a pas fait moins fiasco que les autres. Il avait un plan et a été obligé de le remettre dans son carton. Reste à savoir si ce n'est pas une raison de plus d'en vouloir à ceux qui ont fait échouer la combinaison projetée. Eu attendant, c'est le statu quo.
Le prince de Latour d'Auvergne n'est nullement papalin, et n'a accepté qu'après avoir fait ses conditions, c'est-à-dire que rien de ses anciennes possessions ne serait rendu au saint-père; qu'il ne serait fait aucune tentative de contre-révolution, et, par contre, qu'il ne serait pas chargé de donner congé au locataire du Vatican. Voilà ce que disait le prince de Latour d'Auvergne avant de partir pour Berlin.
On croit que Garibaldi est perdu et que la seule question est de savoir s'il mourra avec sa jambe ou si on la lui coupera avant sa mort. Tout cela fait beaucoup d'honneur à ce Partridge et aux trente ou quarante médecins ou apothicaires qui se sont abattus sur le blessé comme des corbeaux sur un cadavre.
L'affaire de Grèce fait ici beaucoup de sensation, non qu'on s'intéresse beaucoup au roi Othon ou à son petit peuple, mais c'est un premier craquement dans le bâtiment oriental que lord Palmerston croit si solide. Ici, on a remarqué le langage des journaux anglais, qui tout d'abord, avant qu'on ait rien su des causes de la révolution, ont pris parti pour elle. Ils sont fidèles à la théorie fort sage de l'intérêt national, et il est évident que les îles Ioniennes à coté d'une Grèce libre sont difficiles à gouverner.
D'un autre côté, il va devenir fort embarrassant de donner un successeur à cet affreux Bavarois qu'on a mis à la porte. Les Grecs, autant que j'en puis juger par ceux que je connais ici, voudraient le duc de Leuchtenberg, c'est-à-dire le protectorat russe. On parle aussi d'un prince piémontais, mais il n'y en a pas de trop pour l'Italie. Je ne serais pas surpris si cette affaire prenait bientôt des proportions considérables.
On nous promet pour le mois prochain un procès très curieux à Poitiers. Il s'agit d'une séparation de corps. On entendra un révérend père jésuite qui donnait des consultations à la femme sur l'attitude ou les attitudes qu'elle devait prendre dans l'exercice de ses devoirs conjugaux. Il y a, m'a dit le juge instructeur, qui m'a offert une place dans la cour, un mélange très agréable de religion et de luxure dans toute l'affaire. Berryer et Jules Favre doivent plaider.
Adieu, mon cher Panizzi. Il fait ici très beau, mais froid.