Je suis sans nouvelles d'Ellice et des faisans. Je crois le bear à Bowood; mais je ne l'attends guère qu'à la fin de l'année. Je sais qu'il ne se presse pas quand il est dans de bons quartiers, et il m'a dit qu'il comptait passer quelques jours chez M. Duchâtel, qui lui fera boire du vin du cru, lequel, pour arrêter les voyageurs, est bien supérieur, à mon avis, au chant des sirènes.
Nous avons ici un temps merveilleux, même pour le pays. Depuis dix heures jusqu'à la nuit, on est en plein été, et, comme il y a eu quelques jours de grande pluie, tout est vert et florissant. Je désire que vous ayez à Naples un temps pareil. Il ne peut pas être plus beau. J'ai envoyé l'autre jour à l'impératrice une patate venue en pleine terre à Cannes, qui pèse cinq kilogrammes trois cents grammes. Que dites-vous de ce sol et de ce climat? Je ne crois pas qu'on ait quelque chose de semblable à Malaga.
J'ai eu des nouvelles de la comtesse de Montijo, qui me demande comment vous vous portez. Elle est réinstallée à Madrid sans rhume. Elle m'annonce une session assez chaude. Je crois pourtant que O'Donnell conservera la position.
Je vois qu'en Italie on a fait un ministère anti-français. Cela n'est pas trop habile. Au reste, je crois assez au bon sens des Italiens, et j'espère que les nouveaux venus ne donneront pas une nouvelle représentation des fredaines garibaldiques. Cet infortuné Garibaldi écrit des lettres inconcevables. Avez-vous lu celle qu'il écrit à Nélaton? He out herods Herod.
L'empereur a eu un succès véritable, l'autre jour, à l'ouverture du boulevard du Prince-Eugène. Son discours, qui était fort adroit, a produit grand effet. Les ouvriers du faubourg Saint-Antoine lui savent gré d'avoir nommé, d'après un simple ouvrier, devenu par son talent un riche fabricant, un des nouveaux boulevards. Je ne sais où il se renseigne pour si bien comprendre les instincts du peuple. Je voudrais qu'il satisfît également un autre désir de la nation française en tenant un peu mieux en bride ses évêques et son clergé.
Quand vous serez à Naples, vous me direz candidement quelle est la situation. Je vous promets, si vous le désirez, de tenir vos renseignements sous le boisseau. Je reçois de ce pays des rapports si contradictoires, que je ne puis m'empêcher de croire qu'il y règne une grande diversité d'opinions, ou plutôt qu'il y a deux partis bien dessinés, très forts l'un et l'autre et difficilement réconciliables. Le mal, c'est que la plupart de nos diplomates qui ont été à Naples sont, par leurs relations sans doute, très attachés au parti bourbonien.
Adieu, mon cher Panizzi; je vous souhaite une belle traversée. J'ai eu hier la visite du roi Louis de Bavière. C'est un bon diable, très vicieux et spirituel.
CXVIII
Cannes, 3 janvier 1863.