Vous aurez appris la mort de lord Lansdowne. C'est le dernier des grands seigneurs que j'ai connus. Il n'y a pas eu d'homme plus heureux au monde, du moins en apparence, si la considération générale fait quelque chose au bonheur. Lord Brougham ici en est très affecté. C'est d'ailleurs un avertissement, et je crois qu'il était l'aîné de lord Lansdowne.

Ellice est-il ou n'est-il pas lord Glengurry? On dit non à présent. Je lui ai écrit il y a quelques jours, au Right honorable tout bonnement, et je n'ai pas de réponse. Je sais qu'il a refusé d'être lord de je ne sais quoi, il y a quelques années. Au reste, comme disait M. Royer-Collard à M. Pasquier lorsqu'il fut fait duc, «cela ne le diminue pas».

Que dites-vous de cette énorme brioche de notre ami Odo Russell, doublée de celle de son oncle? Représentez-vous les rires homériques du sacré collège. A quoi sert-il d'avoir de l'esprit? N'avez-vous pas remarqué que les Anglais, et les gens du Nord en général, ne comprennent pas du tout la plaisanterie des gens du Midi? Le frère de Meyerbeer, qui était Prussien et poète, se figurait toujours que je me moquais de lui, et, si je lui offrais des épinards à dîner, il me disait: «Épargnez-moi.» Cette offre faite au pape par lord Russell, et sa note sur les affaires de Schleswig sont de lourdes charges pour un ministre des affaires étrangères, et je crois que lord Derby les lui fera cruellement expier.

J'ai laissé voter l'adresse, nemine contradicente. M. Billaut s'en est tiré assez bien. Tout le monde attend quelque chose. Je suis intimement convaincu qu'il n'arrivera rien. Les réformes du pape sont une facétie à laquelle personne ne croit; mais les mesures qu'il prendra auront pour effet de montrer la corde, comme on dit. Il est impossible qu'il puisse entretenir son état-major sans l'employer à mal faire, et il n'y a point de pape sans état-major. Ergo! Tout cela est pour l'année prochaine. La grande affaire est que, d'ici là, les affaires en Italie aillent tranquillement et que Garibaldi ne fasse pas des siennes.

Les orléanistes, les rouges et les carlistes se donnent beaucoup de mouvement pour les prochaines élections, et presque partout les trois partis se coalisent. Cela ne fait honneur à aucun d'eux. Je crains un peu le résultat. Notre ami le docteur Maure est candidat ici, agréé par le gouvernement, grâce à M. Fould et à votre serviteur; mais tous les calotins sont déchaînés contre lui et inventent chaque jour quelque petite noirceur.

Adieu, mon cher Panizzi. Avez-vous entendu parler de la saisie d'un livre du duc d'Aumale sur la maison de Condé? Je n'y comprends rien et cela m'afflige.

CXXIII

Cannes, 11 février 1863.

Mon cher Panizzi,