Le docteur Maure m'a conseillé de rester ici m'assurant que, si j'allais me fourrer en cet état dans les boues et les brouillards de Paris, je deviendrais sérieusement malade. J'ai donc pris mon parti très facilement et d'autant plus qu'on m'écrivait que la discussion de l'adresse ne donnerait lieu à aucun incident. En effet, tout a été bâclé sans conteste. Le prince Napoléon a, je crois, mal fait de voter contre. Il eût mieux valu ne pas voter du tout; mais il ne sait pas résister au plaisir de faire une malice. Il est toujours prêt a faire des sottises et il ne manque pas de gens qui les lui conseillent. Son discours, lors de la distribution des récompenses aux industriels, avait été habile, il aurait dû en rester là.

Je reçois ce matin une lettre d'un de mes amis qui revient de Sicile. Il dit le pays très agité et très mal disposé. Les routes sont peu sûres, mais plutôt par suite de l'insuffisance des moyens de répression contre les voleurs que par excitation politique.

Lord Russell ne se tire pas trop mal de la bévue de son neveu, qui a pris pour argent comptant une plaisanterie du pape.

Les prêtres font tous les jours des progrès. Je pense aller à Paris vers le 20 pour une dizaine de jours. Cousin est toujours ici se portant à merveille. Je vais voir Ellice demain. Il n'est pas et ne veut pas être lord Glengurry. Il dit qu'il veut vivre et mourir comme il a vécu, a citizen of the world.

Adieu, mon cher Panizzi; tâchez de secouer vos rhumatismes et de faire provision de santé pour les rigueurs du printemps.

CXXIV

Paris, 21 mars 1863.

Mon cher Panizzi,

Merci de votre lettre. Il me semble que vous voyez les choses en noir. Du désordre me paraît probable à Naples, mais je ne crois pas à une révolution, ni même à des mouvements sérieux. Le grand malheur de l'Italie, si je suis bien informé, est que, depuis longtemps, les gens honnêtes et éclairés ont été ou se sont tenus tout à fait écartés des affaires. Il en résulte qu'on ne trouve personne pour les faire. Prendre des Piémontais est le moyen d'exciter la jalousie des autres Italiens, et donner des administrateurs du pays à chaque province est le moyen que rien ne marche et qu'on fasse des bêtises. Il faut du temps et de la patience.