Cette frasque a semblé assez forte pour le faire prier d'aller voir au Palais-Royal si Leurs Majestés y étaient; cependant l'hôte et l'hôtesse ont gardé leur sang-froid ordinaire, et l'impératrice a même pris son-bras pour passer au salon. Le prince est resté là fort isolé, tout le monde l'évitant; lui, faisant une mine boudeuse et méchante qui le faisait ressembler fort à Vitellius.
Le matin, il y a eu beaucoup d'allées et de venues dont le résultat paraît avoir été un replâtrage. Jamais je n'ai vu homme plus mal gracieux. Quant à moi, je n'aurais pas souffert pareille incartade; mais vous connaissez la longanimité de l'empereur; il le regarde comme un enfant et lui passe ses mauvaises humeurs. Je trouve fort triste, au fond, que, dans un temps comme celui-ci, les Bonaparte ne se serrent pas tous autour du chef de leur maison. Le prince, qui a parfois, je suppose, des velléités de jouer un rôle politique, se fait détester par ses mauvaises manières. Il flatte les rouges et s'imagine peut-être que, dans une révolution, il serait épargné. L'histoire du duc d'Orléans est là pour lui apprendre quel serait son sort si la République s'établissait jamais dans ce pays.
Je reste ici, encore une huitaine de jours. Aujourd'hui arrivent les Allemands, M. de Metternich et le ministre de Prusse, le comte de Goltz, tous gens peu amusants. Peut-être que la mort du roi de Danemark nous privera des belles toilettes et des valses de ces dames.
Je pense être de retour à Paris pour le milieu de la semaine prochaine. J'y resterai jusqu'après la discussion de l'adresse; puis j'irai attendre à Cannes la fin de l'hiver. Viendrez-vous nous y voir?
Adieu, mon cher Panizzi; tenez-vous en joie et recommandez-moi à nos amis.
CXLII
Compiègne, 22 novembre 1863.
Mon cher Panizzi,
Nous vivons ici en grandes occupations. Votre serviteur est directeur de théâtre, auteur et acteur. Il fait de plus des révolutions dans les beaux-arts et de la polémique avec l'institut. Dans ses moments de loisir, on lui donne des recherches à faire sur l'histoire romaine. Il est, d'ailleurs, libre de faire ce qui lui plaît depuis une heure du matin jusqu'à huit heures. Heureusement que, mercredi, je redeviens homme libre.