Adieu, mon cher Panizzi; on me charge de mille compliments pour vous.
XXVIII
Cannes, 29 janvier 1860.
Mon cher Panizzi,
J'ai lu la brochure de Villemain et j'en pense ce que vous en pensez. Il a été vigoureusement étrillé par le Times et par le Daily News, et il le mérite bien. Aujourd'hui, pour comble de disgrâce, on lui adresse des compliments dans le Journal de Rome. A Paris, son pamphlet a fait fiasco. Il y a je ne sais combien d'années, le même Villemain, alors persécuté par les jésuites, les menaçait d'une Histoire de Grégoire VII, laquelle est restée manuscrite. Quelqu'un qui la lui volerait et l'imprimerait à présent, lui jouerait un bon tour. Il est incroyable combien les passions politiques rendent bêtes les gens d'esprit. Ce que je crains, ce sont les arguments pointus comme ceux de Jacques Clément, dans lesquels l'Église catholique a toujours excellé.
On m'écrit de Paris qu'il est sérieusement question d'une invasion des Napolitains en Romagne. Y croyez-vous? Ne serait-ce pas le signal d'une révolution à Naples?
Bien que le pape ne m'ait pas encore excommunié, j'attribue à sa colère un rhumatisme à la hanche qui me fait souffrir depuis trois jours. Je puis marcher, et même assez loin, sans sentir de douleurs. Elles deviennent très vives du moment que je suis assis. Je dîné à la manière des Grecs, couché sur un canapé, ce qui n'est pas commode pour manger du macaroni. Grâce au voisinage, nous avons ici du parmesan très bon.
Lord Brougham nous a quittés pour aller débiter son speech dans la Chambre des lords. Je n'aurais pas fait trois cents lieues pour l'entendre ni pour le prononcer. Quelle activité pour un jeune homme de quatre-vingt-deux ans! Nous n'avons pas ici trop beau temps, mais nous nous consolons en lisant, dans le journal, le temps que vous avez à Londres. On nous parle d'un brouillard prodigieux. Ici, nous nous plaignons lorsque nous n'avons pas quinze degrés Réaumur.
Adieu, mon cher Panizzi; que l'immacolata Vergine vous ait en sa sainte garde!