XXXIII
Paris, 25 avril 1860.
Mon cher Panizzi,
Vous ne me parlez pas de votre santé, d'où je conclus que vous êtes quitte de la grippe. Je n'en puis dire autant, et je tousse toujours horriblement. Nous avons en outre à Paris une épidémie d'oreillons. Savez-vous ce que c'est? C'est une douleur dans les glandes du cou et les oreilles, que le saint-père nous a envoyée évidemment avec son excommunication.
Voici, à propos du saint-père, un discours de Lamoricière au susdit: «Ayez d'abord des canons rayés, ensuite rayez quelques-uns de vos canons.»
Lamoricière a pris pour aide de camp un Français qui a été au service d'Autriche, un M. de Pimodan, homme d'esprit qui a écrit quelques articles intéressants dans la Revue des Deux Mondes sur la guerre de Hongrie. Il avait à Vienne la réputation d'être un peu blagueur, mais très brave et intelligent. Vous jugez que le choix d'un Français sortant de l'armée autrichienne a été fort approuvé en Italie. Il paraît que le cardinal Antonelli et Lamoricière sont à couteaux tirés. Vous devez penser si l'armée papale gagnera à cette querelle. M. de la Rochefoucauld-Bisaccia est de retour de Rome. Il avait offert au pape un million, à une seule petite condition, c'est que le pape remettrait sur leur trône toute les légitimités déchues. Le pape l'a remercié. Il trouve probablement qu'il a assez de chats à peigner comme cela.
J'ai vu une lettre de notre consul à Messine. Voici l'affaire. Le gouvernement, apprenant qu'il y avait eu une émeute à Palerme et qu'elle avait été réprimée, s'est affligé de n'en avoir pas une, et, pour avoir sa part des récompenses, il a commencé par mettre dehors les galériens du bagne; puis il a lâché après les troupes qui, toute la nuit, out tiraillé dans les rues, sans tuer les galériens qui, étant gens d'esprit, se sont mis promptement à l'abri, mais en tuant quelques niais qui regardaient aux fenêtres. Le château en même temps a fait toute la nuit un feu d'enfer, mais à poudre. Quelle canaille! Ne dites pas que cela vient du consul de France, mais tenez la chose pour certaine.
Je suis très fâché de la fusillade d'Ortega, que je connaissais, mais il est difficile de dire qu'il ne la méritait pas. Le mal, c'est qu'il a été condamné par des gens qui avaient donné l'exemple de ce qu'il à fait.
Hier, il y a eu un très beau bal masqué à l'hôtel d'Albe, avec quantité de très jolies femmes et de très beaux costumes. La fille de lord Cowley est charmante.