XXXVI
Paris, 11 mai 1860.
Mon cher Panizzi,
Je vous écris un mot à la hâte. Je ne connais guère de savants: qui se ressemble s'assemble. En outre, ils sont encore plus coquins que nous, à l'Académie des sciences. Cependant, comme il y a des exceptions à tout, je me suis adressé à Élie de Beaumont, secrétaire de l'Académie des sciences, qui est un fort galant homme et dont la réputation est européenne. Si vous dites son opinion devant la Chambre des communes, modifiez-la quant à l'expression. Quant au fond, il pense, comme tous les gens sensés, que les crocodiles empaillés doivent faire retraite devant les marbres grecs et les manuscrits.
Je sais de bonne part que Lamoricière commence à en avoir assez du service du saint-père. La cour papale lui joue tous les petits tours qu'un nouveau venu peut attendre. Le cardinal Antonelli a dit il y a peu de jours à un Français que Lamoricière était un homme du plus sublime mérite. «Je lui ai parlé de tous nos embarras, disait le cardinal; il m'a tout expliqué, a trouvé des remèdes à tout, et sur chaque question il avait quatre avis différents qu'il exposait si bien et défendait par de si bons arguments, que j'aurais été bien embarrassé de choisir.»
Il y a fort peu de Français qui aient offert leurs services. La plupart sont des jeunes gens de familles carlistes qui demandent à être colonels.
On donne pour certain que Garibaldi est parti pour la Sicile. Qu'y pourra-t-il faire? c'est ce que personne ne sait; mais il paraît que, quoi qu'il arrive, M. de Cavour ne regrettera pas beaucoup son absence.
Adieu, mon cher Panizzi; je ferme ma lettre et je vais faire une visite officielle.