Les Turcs sont, à ce qu'il paraît, en recrudescence de fanatisme. Ils pillent fort les chrétiens et violent les chrétiennes. Je suis fort en peine de savoir quel remède on peut y trouver. M. Thouvenel dit, avec beaucoup de raison, je crois, que, si les Turcs sont de grandes canailles, les Grecs et les Bulgares ne sont pas de moindres canailles. C'est là la grande difficulté: si on protège très efficacement les chrétiens, ils violeront les Turques, car dans ce pays-là on viole toujours.
Ellice paraît avoir renoncé tout à fait à sa visite à Paris. Il me donne des nouvelles politiques peu concluantes. Cependant il paraît croire que M. Gladstone sera rendu au grec [8], et que probablement lord John aura aussi du loisir pour élucubrer un autre bill de réforme. Qui lui succédera? Est-ce lord Clarendon, ou bien lord Palmerston lui-même? si vous savez quelque nouvelle, faites m'en part. Notre session ne marche pas vite. Je crains qu'elle ne se prolonge fort dans le mois de juin, à mon très vif regret.
[Note 8: ][ (retour) ] M. Gladstone publia, l'année suivante, une étude sur Homère et l'âge homérique.
Adieu, mon cher Panizzi; tenez-vous en joie et en santé. Je suis un peu mieux depuis que le soleil a reparu, mais j'ai toujours l'estomac fort détraqué.
P.-S. Le ministre de l'instruction publique fait une autre commission des bibliothèques dont il me fait président. Il s'agit d'aviser au déménagement et à l'emménagement, ce n'est pas chose facile.
XXXIX
Fontainebleau, 15 juin 1860.
Mon cher Panizzi,
Je suis, depuis une dizaine de jours, en fêtes et en festins, et, entre les promenades, dans la forêt et les navigations sur l'étang, on ne trouve pas trop le temps d'écrire à ses amis. Je rentre dans mon trou au commencement de la semaine prochaine, jusqu'à ce qu'il plaise au Sénat de clore sa session. J'espère bien qu'il me laissera encore le moyen de passer quelques jours avec vous au British Museum.