Voici une lettre qui répond à vos questions. Je vous dirai confidentiellement qu'on n'a pas ici le moindre doute que, dans fort peu de jours, Gaëte ne soit rendu et qu'on agit même dans ce sens. Les vaisseaux français emporteront le roi où il voudra aller.

On vient de me dire d'une assez bonne source que lord John avait écrit ici afin que M. de Persigny assistât au banquet d'installation du lord maire, où lui, lord John, devait dire quelques mots sur l'alliance dans un sens agréable aux deux pays.

La Russie nous cajole fort. L'empereur Alexandre, ou plutôt Gortchakof a remis à l'empereur François-Joseph un mémorandum dans lequel il lui conseille très fortement de ne pas attaquer et de ne se mêler en rien de ce qui se passe en Italie. Dans le cas où il serait attaqué et que la fortune des armes lui fût favorable, qu'il ne pensât pas à reprendre la Lombardie; que ce qu'il aurait de mieux à faire serait de demander l'exécution du traité de Zurich; surtout qu'il se gardât de montrer la moindre velléité de revenir sur l'annexion de la Savoie et de Nice. Kisselef, ici, est tout miel et tout sucre. Il est évident que la situation de l'Orient nous vaut toutes ces avances, et que les agents russes voient les choses sous un tout autre point de vue que Henry Bulwer, si tant est que Bulwer les voie ainsi, ce dont je doute très fort.

Adieu, mon cher Panizzi. Je pars demain pour la campagne, où je resterai cinq ou six jours; suite de l'aventure dont je vous ai parlé.

P.-S. Vous avez vu la lettre de M. de Grammont. Il a demandé l'épreuve du Journal de Rome, et, au lieu de supprimer les mots: par la force, on avait mis: en adversaire. Il a réclamé, et Antonelli a fini par avouer que cette variante était de la main même de Sa Sainteté. Comment trouvez-vous cela?

LII

Paris, dimanche 11 novembre 1860.

Mon cher Panizzi,

J'ai vu ce matin M. Fould; il m'a dit, ce que je savais déjà: c'est qu'il ne vous accusait nullement. Ses reproches s'adressent à vos interlocuteurs et non pas à vous. Tranquillisez-vous complètement sur ce point.