Mon cher Panizzi,
Je vous écris à la campagne, chez mademoiselle Brohan, où je suis allé déjeuner avec une princesse du sang impérial. Mais quelle princesse et quel sang!
Notre ami le prince Napoléon n'en a pas beaucoup dans les veines, comme l'impératrice le lui reprochait. Il dit qu'il ne se battra pas contre le duc d'Aumale.
Je vous écris ce mot à la hâte, je vous en dirai plus long demain ou après.
LXXII
Paris, 2 mai 1861.
Mon cher Panizzi,
Je ne crois pas plus que vous que le prince Napoléon manque de pluck; mais, maintenant, vous ne le persuaderiez à personne, particulièrement aux militaires, et, s'il avait l'occasion de revoir une bataille, il serait obligé de se risquer comme un caporal pour désabuser les gens. Son grand défaut est un manque absolu de tact. Il ne fait rien à propos et manque les plus belles occasions. Il a toujours été merveilleusement servi par la fortune, et il semble avoir pris à tâche de ne profiter d'aucune de ses faveurs.
Dans cette occasion-ci, il paraît que son premier mouvement a été bon. Il avait demandé que l'on ne poursuivit pas la brochure. On a répondu avec beaucoup de raison que cela n'était pas possible; mais il n'y a pas eu la moindre délibération sur ce qu'il avait à faire à l'égard de l'auteur. Seulement M. de Persigny, de son propre mouvement, est allé lui faire un sermon et lui remontrer qu'il n'était pas politique de se battre; plus tard, d'un autre côté, on lui a insinué qu'il lui serait sinon politique, du moins très utile, de dégainer. Alors sa camarilla a trouvé que le moment était passé; que, dans des affaires de ce genre, on n'était pas reçu à délibérer, etc. Tout ce tas de conseils plus ou moins intéressés a fini par l'ennuyer, et la seule chose à laquelle il ait fait attention, c'est qu'il était trop tard pour prendre un parti, qu'en conséquence il n'y avait rien à faire. Les militaires sont furieux, et, en temps de guerre, cela pourrait être assez grave.