Malgré toutes ces visites pacifiques de rois et de ministres, il y a toujours une inquiétude vague, mais dont l'effet est très réel. On dit qu'il y a ici des capitaux énormes, et personne ne veut faire de placement même à quelques mois. Personne ne peut dire de quoi il a peur, mais tout le monde a peur. Nous sommes, en effet, dans la plus étrange de toutes les situations, ayant les inconvénients du système parlementaire sans en avoir la solidité ; les inconvénients de l'absolutisme et même ceux de la liberté.
Au milieu de tout cela, l'empereur continue à être très populaire, et par exemple, toutes les fois qu'il vient à l'Exposition, il a une espèce d'ovation de la part des ouvriers qui nomment Pelletan et Jules Favre. J'ai peur que cela ne lui monte la tête et ne l'empêche de voir le danger très réel de la situation. On attend l'impératrice demain soir.
La princesse de *** est ici scandalisant tout le monde par ses façons de faire. Elle donne des rendez-vous et n'y vient pas ; elle rit, elle pleure, elle gronde, elle a des accès de colère et de larmes. Je la trouve extrêmement jolie et d'une blancheur de peau qui promet beaucoup.
Adieu, mon cher Panizzi. Lisez, dans la Revue des Deux Mondes, le deuxième article signé « Collin », sur les associations ouvrières. Il y a aussi, dans la même revue du 15 de ce mois, une réponse de M. d'Haussonville au prince Napoléon, très pénible, ce me semble, pour Son Altesse.
CXXVIII
Paris, 7 août 1867.
Mon cher Panizzi,
Le prince impérial est revenu de Luchon en très bonne santé, sans la moindre trace de sa maladie. Madame de Montijo a été un peu souffrante ces jours passés. Elle va mieux à présent.
Avez-vous lu la lettre de mon confrère l'évêque d'Orléans sur les affaires de Rome et d'Italie?
Il annonce toute sorte de catastrophes. M. de Sartiges, notre ambassadeur à Rome, qui vient d'arriver ici (je ne sais trop pourquoi), dit que le pape ne s'est jamais si bien porté. Je pense qu'il dépassera les annos Petri. Est-il vrai que Nigra ne reviendra pas à Paris? J'en serais fâché pour ma part, et je crois qu'on aurait tort de le changer.