Je suis de votre avis au sujet de l'article de la Revue signé Collin. Il est inférieur au premier, mais cependant toujours très remarquable. Si ce qu'il dit est vrai, cela ne promet pas poires molles pour l'avenir. Ce qui m'étonne, c'est que le gouvernement britannique, si prudent d'ordinaire, prenne, pour faire une concession aux radicaux, le moment où ils sont le plus menaçants. On ne cède jamais aux menaces que l'on ne se repente bientôt de n'avoir pas risqué la bataille. Le pis, c'est que cela ne dispense pas de la livrer, et, quand on s'y résout à la fin, on la perd. Ce diable de système américain nous envahit tous les jours. Je crois, mon cher Panizzi, que nous sommes nés trop tard. Le bon temps est passé et nous aurons des couleuvres à avaler.
Je n'aime pas ce voyage de Saltzbourg, qui est malheureusement décidé. Je cherche en vain le bon côté et je ne vois que les inconvénients qui me semblent des plus gros. On commence à dire qu'au retour ils ramèneront à Paris François-Joseph et l'impératrice. On les dit très médiocres l'un et l'autre, détestant au fond du cœur M. de Beust et prêts à le planter là à la première occasion.
Les Grote ont passé par ici, à ce que j'ai appris, mais je suis tout à fait ruiné dans leur esprit, depuis que j'ai écrit que Cousin avait dit sur Socrate ce que les professeurs allemands ont inventé longtemps après. Madame ne m'a pas pardonné non plus d'avoir estimé douze francs un Titien qu'elle a payé douze mille francs.
Adieu, mon cher Panizzi ; portez-vous le mieux que vous pourrez.
CXXIX
Paris, 21 août 1867.
Mon cher Panizzi,
Je suis pour ma part tantôt bien, tantôt mal, mais n'ayant jamais de sécurité. On m'a conseillé des capsules d'essence de térébenthine. Elles me réussissent assez bien. Pourvu que cela dure! C'est ce que disait Arlequin, à la hauteur d'un troisième étage, en tombant d'un cinquième.
Si j'en crois les cancans et les journaux, l'entrevue de Saltzbourg tournerait à la pastorale. Les malins ont peur de la dernière lettre adressée au ministre de l'intérieur au sujet des chemins vicinaux. Ils disent qu'on veut donner le change et faire croire à la paix. On voit tout dans tout, avec un peu de bonne volonté.
Il y avait, dans la Revue des Deux Mondes du 1er août, un assez bon article sur l'état de l'Allemagne qu'on attribue au comte de Paris. L'avez-vous lu? Il conclut plutôt à la paix. S'il est réellement de lui, il est plus fort qu'aucun de ses oncles ; mais cela ne m'empêche pas de trouver qu'un prince a mieux à faire qu'à publier des articles pour le plus grand divertissement des oisifs. Je crois que si, au Ier siècle, l'imprimerie eût été découverte, le diable aurait eu plus beau jeu à tenter Notre-Seigneur.