Mon cher Panizzi,
Rien ne faisait présager la mort de M. Fould, qui semblait avoir une santé excellente, et qui, depuis sa retraite, avait repris des forces et menait la vie la plus saine et la plus active. Je ne sais rien encore sur la cause de sa mort. Son médecin, M. Arnal, était venu passer quelques jours à Tarbes, non pas pour lui donner des soins, mais pour respirer lui-même l'air des montagnes. Il l'avait quitté en bonne santé le matin même. Berger, qui était revenu de Tarbes la semaine passée, me disait, samedi dernier, qu'il n'avait jamais vu M. Fould plus gai ni mieux portant.
Je pense que l'empereur l'aura vivement regretté, d'autant plus qu'il a quelques petits reproches à se faire. Lorsqu'on pense à ce qu'est devenu le conseil privé, qui, en cas de régence, serait le gouvernement, on est effrayé. M. Fould était le dernier sur lequel on pût compter comme intelligence et dévouement.
Cette mort a produit ici une grande sensation et ajoute encore à la tristesse générale. Les funérailles auront lieu ici le 15, à ce que je crois ; probablement alors la cour sera de retour à Paris. On dit qu'il fait mauvais temps à Biarritz et qu'on y vit de la manière la plus retirée.
Malgré le premier fiasco de Garibaldi, il ne me semble pas que les affaires du pape soient en bon état. M. Ratazzi aura-t-il la force de s'opposer à l'invasion? Sera-t-il soutenu? Tout cela est fort douteux. On dit, et je tiens le fait d'une assez bonne autorité, qu'on cherche en ce moment à persuader au pape qu'il vaudrait mieux, pour lui comme pour l'Italie, permettre que les troupes italiennes occupassent les provinces qui lui restent et qu'il se bornât à conserver Rome. Il faut convenir qu'il est difficile et surtout très dispendieux d'entretenir un cordon très étendu dans un pays de montagnes, où il est impossible de garder tous les sentiers, tandis que garder Rome même serait chose assez aisée. Je ne serais pas surpris qu'ici on donnât les mains à cet arrangement ; mais, du côté du pape, on ne peut attendre que de l'opiniâtreté. Il a du courage, du penchant même pour le martyre ; mais de sens commun, pas l'ombre. C'est une tête aussi creuse que celle de Garibaldi.
Adieu, mon cher Panizzi. J'espère que vous pensez à Cannes pour cet hiver. Tous les astrologues prédisent qu'il sera rigoureux.
CXXXIV
Paris, 15 octobre 1867.
Mon cher Panizzi,
Je suis allé hier à l'enterrement de notre pauvre ami, qui était un des plus vraiment lugubres que j'aie vus, malgré la pompe que les ministres ont voulu déployer à son occasion.