Avez-vous lu une facétie d'About dans l'Opinion nationale du 22 janvier, où il traite notre ami de la bonne manière et malheureusement avec une vérité frappante? Cela ne l'empêchera nullement de faire les bêtises que lui suggèrent les belles dames et ses anciens ennemis les doctrinaires. Lisez cela, et vous rirez, j'espère.

L'affaire du duché de Montmorency donné à M. de Périgord commençait à ennuyer tout le monde à Paris, lorsqu'un nouveau petit scandale est venu fort à propos pour faire diversion. La fille aînée de madame de X… avait été mariée, il y a vingt-cinq ou trente ans, à un M. de Z…, qui avait le malheur d'être impuissant. Elle y remédiait au moyen du marquis de L…, qui ne l'était pas et qui lui fit un enfant. Donc cet enfant fut mis au monde très mystérieusement, car le mari était depuis deux ans à l'étranger. Ce mari est mort, mais le fils est vivant et majeur, et, se fondant sur l'axiome Is pater est quem nuptiæ demonstrant, il demande le nom et le titre de Z… Vous pouvez penser le bel effet que cela produit.

Lord H… vieillit rapidement, et, entre nous, je doute qu'il ait la cervelle en bien bon état. Lorsqu'on lui a annoncé la mort de sa femme, il a dit : Well I hope she will be soon better. Puis il a fait hisser au-dessus de sa villa un pavillon à ses armes, pour avertir les demoiselles, je crois, qu'il était redevenu un homme libre à leur service.

Cousin ne se porte pas trop bien non plus et me donne un peu d'inquiétude. Il a des sifflements dans les oreilles, des bourdonnements et maigrit pitoyablement. Il conserve néanmoins toute sa vivacité et son intelligence.

Pour moi, je ne suis pas trop mal, bien que j'aie éprouvé récemment un retour de mes oppressions. Le temps très doux que nous avons me fait grand bien. Nous allons demain faire un déjeuner champêtre en plein air. Je ne pense pas que vous déjeuniez encore dans votre jardin. Je voudrais bien, si la chose est possible, rester ici tout le mois de février ; mais peut-être sera-t-il nécessaire de revenir pour l'adresse, surtout si les cléricaux livrent bataille. J'espère toutefois que les choses se passeront sans bruit.

Adieu, mon cher Panizzi ; portez-vous bien et ne tombez dans aucune des quatre-vingts erreurs condamnées.

XXXV

Cannes, 15 février 1865.

Mon cher Panizzi,

Je suis très enrhumé et horriblement ennuyé par la perspective de l'adresse et l'obligation d'aller assister à la bataille que les cléricaux vont nous livrer. J'attends avec impatience l'adresse qui a dû être prononcée ce matin, mais ce ne sera que dans quelques jours que je pourrai savoir le jour de l'ouverture de la discussion et celui de mon départ. Ce qu'on me dit du temps qu'il fait à Paris ne m'engage pas du tout à me presser.