Cousin est ici assez souffrant d'une névralgie qui lui cause des insomnies continuelles, vous le plaindrez pour cela ; il maigrit beaucoup, il s'abat et commence à m'inquiéter. L'autre jour, il se promenait dans un bois près de Cannes avec son secrétaire qui lui lisait le journal. Une paysanne qui passait dit à sa compagne : « Vois donc, ce vieux monsieur qui, à son âge, ne sait pas lire. »

On me conte des choses fabuleuses de la vente Pourtalès. Si elle finit comme elle a commencé, vous aurez à fouiller à l'escarcelle.

J'ai fait vos compliments à lord Glenelg. Mistress Norton est ici, toujours belle et très gracieuse, et nous est venue voir avant-hier. Elle a fait la conquête de ces dames. Sa petite-fille menace d'être aussi belle qu'elle, et a déjà des yeux pour la perdition du genre humain.

Je n'ai rien lu de plus plat que le discours de la reine, et on dit qu'il n'est pas écrit en anglais. Si notre ami de Piccadilly continue à tenir quelques années encore le timon, Dieu sait quelles couleuvres il fera avaler au respectable public. Il semble qu'il veuille mourir en repos, et tout bruit l'importune, même lorsque c'est le bruit d'un grand péril qu'il serait à temps de conjurer.

Si, comme cela semble très probable, le Sud est accablé, vous verrez de quelle façon le Nord témoignera sa reconnaissance à l'Angleterre pour la remise des raiders de Saint-Albans. Cela me semble, au fond, une grande lâcheté du gouvernement du Canada et de celui de l'Angleterre.

Ces gens sont des voleurs sans doute, mais qu'a fait Sherman en Géorgie, et Butler et tant d'autres? Au reste, l'Europe sera assez vite punie, je pense. Il y a dans les Américains un si beau mépris de toute morale, que je ne vois que les Romains d'autrefois à leur comparer. Ils en ont l'avidité, l'audace, et cinq ans de guerre terrible en ont fait des soldats redoutables. Ils payeront leur dette en faisant banqueroute, et trouveront de l'argent sur les terres de leurs voisins.

Je suis sans nouvelles et un peu inquiet de la santé de madame de Montijo, qui avait été tourmentée par un retour de fièvre. On me dit que l'impératrice va mieux, mais qu'elle vit très retirée et presque toujours seule. L'empereur se porte parfaitement bien.

On raconte que monseigneur Chigi est fort penaud et irrité de la publication de ses deux lettres aux deux traducteurs si peu d'accord sur le sens de l'encyclique.

Adieu, mon cher Panizzi ; écrivez-moi ici jusqu'à ce que je vous donne avis de la translation de mes pénates.

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