Les *** sont dans la ville et m'ont aussi demandé des nouvelles de leur compagnon de voyage à la Rune. Leur fille se marie prochainement à un secrétaire de légation, de six pieds de haut. Le frère de la comtesse ***, à Madrid, allait se marier, et cette perspective, ou les reproches d'une ancienne maîtresse l'ont déterminé à se couper la gorge, après s'être confessé et avoir communié, précaution que vous eussiez peut-être négligée en semblable occasion.
Je pense qu'on est ici pour tout le reste du mois. Puis il y a des projets, Dieu sait lesquels. Peut-être d'aller en mer, les médecins disent qu'un voyage de quelques jours sur l'Océan pourrait faire du bien aux bronches malades. M. Fould a été guéri de cette manière, lorsqu'il était déjà abandonné par la Faculté comme poitrinaire. Pour moi, je pense être à Paris dans les premiers jours d'octobre.
Il paraît que le choléra est assez vif à Toulon, et peut-être ira-t-il jusqu'à Cannes et à Nice. Pour ma part, je n'en ai aucune peur, persuadé que je suis qu'on l'évite très facilement avec quelques précautions fort simples ; mais vous savez que j'ai charge d'âmes, et je ne sais trop ce que je dois faire. Pourtant, selon toute probabilité, la maladie, si tant est qu'elle vienne dans nos montagnes, aura dit son dernier mot en novembre, et nous y gagnerons peut-être d'avoir un peu moins de visiteurs. Jusqu'à présent, le choléra n'a pas dépassé Toulon. Après les chaleurs exceptionnelles d'août et de septembre, il n'est pas surprenant que beaucoup de gens aient attrapé la dyssenterie, qui, augmentée par l'imagination et la peur, devient du choléra.
Adieu, mon cher Panizzi. Dites-moi ce que veut dire paladansentum. Il n'y a pas ici de Forcellini. L'empereur dit manteau ; moi, je dis casaque, cuirasse, armure.
LVIII
Biarritz, 3 octobre 1865.
Mon cher Panizzi,
Nous quittons Biarritz, le 7 ou le 8 de ce mois, pour Paris. Leurs Majestés sont en très bonne santé.
La fille d'Émile de Girardin vient de mourir d'une angine couenneuse. L'impératrice lui a envoyé son médecin, malgré le danger, et est même allée voir la malade, un enfant de cinq ans. Girardin paraît avoir été très touché de cette marque d'intérêt, plus généreuse que prudente. J'espère qu'il n'en résultera rien de fâcheux.
Le temps est toujours admirable, et je n'ai jamais vu d'été comparable à ce dernier mois.