Je vous ai parlé, je crois, d'une maison que j'avais quelque velléité d'acheter à Cannes. L'affaire n'a pas eu de suite. Elle coûtait très bon marché, pour le pays, quoique assez cher pour ma bourse ; mais le grand inconvénient, c'est qu'elle était trop grande pour moi. Il aurait fallu en louer un étage et me constituer maître d'hôtel, métier qui ne me plaît guère. Il y a trois étages dans deux desquels j'aurais pu nous loger, ces dames et vous compris, fort à l'aise ; mais que faire du reste? Et pourquoi se donner l'embarras de la propriété dans un temps comme celui-ci?

Les affaires d'Allemagne continuent à préoccuper extrêmement les gens d'affaires, qui ont des peurs abominables. Personne ne sait ce que pense le maître, ni de quel côté il incline. L'opinion ici est plutôt pour une alliance avec l'Autriche, mais surtout pour la neutralité la plus complète. Cela est plus facile à conseiller qu'à exécuter, s'il y a guerre ; car le résultat infaillible sera une révolution en Allemagne et un remaniement de la carte. Il y a tant à craindre, et pour tout le monde, que je doute encore qu'on en vienne aux coups de canon.

J'ai dîné l'autre jour aux Tuileries en tout petit comité. L'empereur m'a demandé de vos nouvelles et quand vous redeviendriez un homme libre. J'ai trouvé le prince grandi et un peu maigri, devenu peut-être trop raisonnable et trop prince pour son âge. L'impératrice est en grande beauté et de très bonne humeur. Mademoiselle Bouvet se marie à un homme fort riche. Ses clavicules sont parfaitement rarrangées et fort belles toutes les deux.

Avez-vous jamais lu un livre intitulé Baber's Memoirs, traduit du turc par Erskine, in-quarto? On dit que cela est devenu rare. Je voudrais bien l'avoir. C'est un admirable tableau de l'Orient aux XVe et XVIe siècles, et la biographie d'un homme très extraordinaire.

Adieu, mon cher Panizzi ; portez-vous bien, et soignez-vous.

LXXVII

Paris, 26 avril 1866.

Mon cher Panizzi,

J'ai promené l'autre jour la comtesse *** au musée de Cluny et ailleurs. Elle vous aura décrit le diable, que Du Sommerard lui a montré et qui vient d'Italie, où probablement il avait été fabriqué pour quelque dessein édifiant.

Mon médecin, le docteur Robin, revient d'Italie, où il a eu l'honneur d'être présenté à Sa Sainteté. Il m'a rapporté ce petit fait assez curieux. Le cardinal Antonelli a un cabinet minéralogique dont il est très fier et qu'il a montré à Robin, qui est un grand savant. Les pierres ne sont pas classées et ne valent rien. Ce n'est qu'un prétexte pour avoir une petite tablette, où il y a pour environ trois millions en diamants, rubis, etc. Rien de plus aisé que d'en mettre le contenu dans sa poche, et d'aller planter ses choux loin de Rome, si jamais les mauvais principes triomphaient.