Le docteur a laissé Padoue rempli de troupes autrichiennes et toutes les maisons de campagne aux environs, occupées militairement ; tout, d'ailleurs, est fort tranquille. On lui a dit partout qu'on laisserait le pape et Rome pourrir en paix. Voilà aussi la paix en Allemagne, comme on devait s'y attendre de gens qui se sont engueulés si bruyamment. Ce tapage est toujours signe qu'on n'a pas d'intentions trop belliqueuses. Pour moi, je persiste à croire que, même dans l'hypothèse d'une guerre entre la Prusse et l'Autriche, il vaudrait mieux pour l'Italie qu'elle se tînt tranquille.
Je ne sais si je vous ai dit que j'allais avoir une grande bataille à livrer au Sénat contre M. Rouher et M. de Vuitry, à l'occasion d'une loi sur les instruments de musique mécaniques. Cette loi, tout en ayant l'air de ne traiter que des orgues de Barbarie, touche cependant à la propriété littéraire artistique, et, si elle passait, ce serait consacrer le principe, que les jurisconsultes veulent établir : à savoir, que la propriété littéraire n'est pas une propriété, mais bien une concession. Vous ne doutez pas que je prenne la défense des lettres et des arts ; mais j'ai bien peur d'être battu, car j'aurai tous les procureurs du Sénat après moi. Je pense que le combat aura lieu mardi. Je passe mon temps à faire des discours. J'en suis à mon quatrième. Tout cela dans ma chambre, bien entendu. Je ne veux pas lire, mais improviser par les procédés connus de M. Thiers et de M. Guizot. Vous me lirez dans le Moniteur et me direz si je n'ai pas été trop bête.
Je suis allé lundi aux Tuileries. Il y avait quantité de très belles personnes, entre autres madame de Mercy d'Argenteau, qui est une beauté d'un genre olympique.
Adieu, mon cher Panizzi ; portez-vous bien et recommandez-vous à votre saint patron.
LXXVIII
Paris, le 4 mai 1866.
Mon cher Panizzi,
Vous aurez lu probablement le discours de M. Thiers. Comme discours d'opposition, il est fort habile, mais c'est assurément ce qu'il y a de plus antipatriotique. Il dit aux Allemands qu'ils n'ont qu'un ennemi, et que cet ennemi est l'empereur. La Chambre, qui aime les soli exécutés par un grand artiste, a écouté avec beaucoup de faveur, mais sans comprendre qu'il y avait du poison sous les fleurs de rhétorique. Après la séance, madame de Seebach, la fille de Nesselrode et la femme du ministre de Saxe, a emmené M. Thiers dans sa voiture.
Je crois savoir que l'empereur a dit à M. de Metternich, qu'il n'avait absolument aucun engagement avec personne, et qu'il n'avait qu'un même conseil à donner à tout le monde : la paix. Je ne crois pas beaucoup à la promesse de l'Italie de ne pas attaquer ; car il y a telle circonstance qui peut arriver, où une attaque n'est qu'une défense ; mais je crains que les Allemands ne combattent que de gueule et que l'Italie n'ait à porter l'effort de la bataille.
Notre affaire des « serinettes » n'est pas encore venue. Je crois que la discussion aura lieu mardi et que je serai battu, tout en ayant raison.