On me contait hier de bonne source des anecdotes curieuses sur Benedek. Son empereur lui écrit très poliment que les vieux militaires étaient surpris qu'il cédât les défilés de la Bohême, qui pouvaient se défendre si facilement, etc. Benedek répond simplement : « Cela n'entre pas dans mes plans. » Après une des affaires avant Königsgraetz, il a chassé de son armée un archiduc dont il n'était pas content.

Tout cela serait très beau, s'il avait gagné la bataille ; mais la perdre après cela est par trop ridicule. C'est le même homme qui avait gagné vingt-quatre fois la bataille de Solferino, quand on tirait à poudre, et qui l'a perdue la première fois qu'on a tiré à balles.

Je voudrais bien savoir si ces drôles d'affaires ne changent pas vos projets. Rien encore au sujet du sénatus-consulte dont je vous ai parlé.

Après m'être un peu tâté, je me suis résolu à me conduire en ami, et j'ai écrit à l'impératrice une lettre aussi remarquable par la force des pensées que par l'aménité du style. Je lui rends compte de l'effet produit sur le Sénat par l'annonce de la chose, et je lui dis en douze lignes toutes les raisons contre le changement et contre l'opportunité de le faire. Je n'ai pas reçu de réponse, mais je ne doute pas que ma lettre n'ait été montrée ; c'est ce que je désirais. Dites-moi si vous trouvez que j'ai eu raison. Pour moi, j'ai soulagé ma conscience, et, à mon avis, j'ai rempli le devoir d'ami.

Vous aurez vu que Sa Majesté était allée à Amiens pour voir les cholériques. Je ne suis pas sûr que ce soit très raisonnable, mais c'est beau. Quant à l'arrêter en pareilles occasions, vous savez, comme moi, qu'il n'y faut pas songer ; et, si on s'avisait de lui parler de danger, elle s'exposerait encore davantage.

Il n'y a qu'un cri à Paris : c'est qu'on fasse des fusils à aiguille. On en essaye quelques milliers au camp de Châlons avec une poudre nouvelle, plus extraordinaire que la poudre de perlimpinpin, dont on dit des merveilles.

Adieu, mon cher Panizzi ; mille compliments et amitiés.

XC

Paris, 7 juillet 1866.

Mon cher Panizzi,