[CCCXIX]
Cannes, 23 février 1869.
Ne m'en voulez pas, chère amie, si je ne vous écris pas. Je n'ai pas de bonnes nouvelles à vous donner de moi, et à quoi bon vous envoyer de mauvais bulletins? Le fait est que je suis toujours très-souffrant, et je m'aperçois que mon mal n'est pas guérissable. J'ai essayé de je ne sais combien de remèdes infaillibles; j'ai été entre les mains de trois ou quatre très-habiles hommes, pas un seul ne m'a donné le moindre soulagement. Je me trompe, j'ai trouvé à Nice, il y a quelque temps, un homme de beaucoup d'esprit, un peu charlatan, qui m'a donné gratis des pilules qui m'ont débarrassé de certaines suffocations très-pénibles qui arrivaient toutes les nuits. À présent, c'est le matin qu'elles me prennent, mais avec moins de force, et elles durent moins longtemps. Quant à la bronchite, qui est le morceau de résistance de ma maladie, elle est au beau fixe.
Souffreteux et triste comme je suis, je n'ai que la force de lire, et je n'ai guère de livres. J'ai lu avec intérêt, ces jours passés, les Mémoires d'un paysan écossais qui, à force d'intelligence et de travail, est devenu homme de lettres, professeur de géologie et un homme célèbre. Malheureusement, il s'est coupé la gorge il y a peu de temps, le travail ayant sans doute tout à fait usé sa cervelle. Il s'appelait Hugh Miller.—Je pense que vous trouverez mon Ours plus présentable sous sa nouvelle forme. Quand je puis peindre, j'y fais des illustrations pour le donner à l'impératrice quand je reviendrai à Paris. Ne croyez pas que je représente toutes les scènes, celle par exemple où cet ours s'oublie. Adieu, chère amie; je regrette pour vous que vous ne retourniez pas à Rome cette année. Il me semble que tout va se gâtant. Il n'y a plus d'Espagne; bientôt, il n'y aura plus de saint-siège. La perte sera plus' ou moins grande, selon les idées des gens. Mais c'est une chose qu'il faut voir une fois (comme diverses autres choses), pour n'avoir pas de tentations ni de regrets. Adieu. . . . . . .
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[CCCXX]
Cannes, 19 mars 1869.
Chère amie, j'ai été bien malade. Me voici en convalescence, bien faible encore, mais, dit-on, hors de tout danger. C'est une bronchite aiguë qui est venue s'ajouter à ma bronchite chronique. Pendant quatre ou cinq jours, j'ai été en danger. À présent, je me lève, je me promène dans ma chambre, et on me promet que bientôt je pourrai me promener au soleil. Adieu, chère amie. Santé et prospérité.