Voici votre cravate. Elle s'est retrouvée samedi dernier dans l'antichambre de Son Altesse royale monseigneur le duc de Nemours. Personne ne m'a demandé d'explications de sa présence dans ma poche. Je vous l'aurais envoyée plus tôt si je n'avais voulu ajouter le désir de retrouver votre propriété à celui de me donner de vos nouvelles. Je constate que, bien que le premier soit très-vif, il n'a pu triompher de l'indifférence que vous avez sur le second point. Pourquoi avez-vous si grand'peur du froid? Il me semble que nous avons fait une fois un essai de neige qui n'a pas trop mal réussi. Voici le dégel qui va rendre les rues impraticables pour je ne sais combien de temps. Répondez-moi vite. Je vois avec peine que vous aimez à tourmenter. . . . . .

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[LVIII]

Paris, 11 mars 1843.

C'est une grosse faute et presque un crime que de ne pas profiter du temps admirable qu'il fait. Que diriez-vous d'une grande promenade pour demain jeudi? Vous deviez m'avertir la première, mais vous vous en gardez bien. Il faut absolument que nous allions saluer les premières feuilles. Elles poussent à vue d'œil. Je pense aussi à l'influence que le soleil exerce sur votre humeur, à ce que vous m'avez dit. Je voudrais en faire l'épreuve. Moi, je vous aime dans tous les temps; mais je crois que le bonheur de vous voir est plus bonheur avec du soleil. Adieu.


[LIX]

Paris, samedi soir, mars 1843.

Pas la moindre trace de repentir dans votre lettre. Je regrette la pipe ambrée que vous aviez choisie. Il y avait quelque chose de particulièrement agréable à porter souvent à ma bouche un don de vous. Mais soit fait ainsi que vous voulez; c'est ce que je dis fort souvent, et toujours sans que ma résignation me profite.