Je suis complètement abruti par le métier que je fais. La cathédrale me pèse de tout son poids sur les épaules, sans compter l'espèce de responsabilité que j'ai acceptée dans un moment de zèle dont je me repens fort aujourd'hui. J'envie beaucoup le sort des femmes, qui n'ont rien à faire qu'à tâcher de se faire belles, et préparer l'effet qu'elles veulent produire sur les autres. Les autres, cela me semble un vilain mot, mais je crois qu'il vous préoccupe plus que moi. Je suis très en colère contre vous, sans bien en savoir la cause; mais il doit y en avoir une très-réelle, car je ne saurais avoir tort. Il me semble que tous les jours vous êtes plus égoïste. Dans nous, vous ne cherchez jamais que vous. Plus je retourne cette idée, plus elle me paraît triste.

Si vous n'avez pas écrit pour ce livre à Londres, n'écrivez pas; il est absurde de charger une femme de semblable commission. Bien que je tienne beaucoup à un livre rare, je ne voudrais pas que vous pussiez causer l'ombre d'un étonnement en le demandant. L'éditeur du livre est un quaker très-vertueux, dit-on, lequel aurait eu un peu tard des preuves que les catholiques espagnols du XVe siècle étaient des gens sans moralité, malgré l'Inquisition, et peut-être à cause d'elle. L'exemplaire original et unique a coûté quinze cents livres sterling. Il a cent et quelques pages. J'ai eu tort de vous en parler et plus tort de réfléchir si tard à l'énormité de la chose. Adieu. . . . . .

. . . . . . .

Voici la lettre que j'allais vous faire porter quand j'ai reçu la vôtre. J'ai été tellement occupé par mes rapports et mes enquêtes, que je n'ai pu vous écrire plus tôt. Je vous proposais une promenade mardi, à condition que nous aurions une heure de plus. Dites-moi si vous êtes libre mardi. Votre distraction est fort jolie, mais y suis-je pour quelque chose? That is the question. Quels pardons avez-vous à me demander? vous ne sentez pas ce que je sens. Nous sommes si différents, qu'à peine pouvons-nous nous comprendre. Tout cela n'empêche pas que j'aurai grand plaisir à vous voir et que je vous remercie de votre dernière lettre, qui est très-aimable. Vous ne m'avez pas dit où vous alliez à la campagne, ni quand vous partiez. J'irai à Rouen dans quelques jours.

Adieu encore; j'espère vous voir mardi, j'espère que vous serez en belle humeur et moi moins triste que je ne suis aujourd'hui.


[LX]

Jeudi soir, 15 mars 1843.

Cela m'a fait un sensible plaisir[1], d'autant plus que je m'attendais à une défaite. On m'apportait les bulletins à mesure qu'ils s'élaboraient. Il me semblait impossible de réussir; ma mère, qui souffrait depuis quelques jours d'un rhumatisme aigu, a été guérie du coup.—J'en ai d'autant plus envie de vous voir. Essayez si je vous en aime mieux ou moins, et cela le plus tôt possible. Je suis harassé des courses que j'ai faites, car il faut maintenant remercier, et remercier amis et ennemis, pour montrer qu'on a de la grandeur d'âme. J'ai le bonheur d'avoir été black-boulé par des gens que je déteste, car c'est un bonheur que de n'avoir pas le fardeau de la reconnaissance à l'égard des personnes qu'on estime peu. Écrivez-moi, je vous prie, quand vous voulez que nous nous voyions.

J'ai bien envie que nous fassions quelque longue promenade.