[CXLV]
Londres, samedi 22 juillet 1851.
Je suis bien triste de ce que vous me dites de votre départ; je comptais vous retrouver à Paris et je ne puis m'accoutumer à l'idée de votre éloignement. Je n'ai pas même la consolation de vous gronder; tâchez d'être de retour dans les premiers jours d'août. Je ne vous ferai pas de reproches, parce que je suis sûr que vous ferez tous vos efforts pour me dire adieu. Pensez qu'il est bien dur de passer plusieurs mois sans vous voir. Enfin, vous savez tout le bonheur que j'aurai, et, si la chose est possible, elle se fera.
Le Palais de Cristal est une grande arche de Noé, merveilleux pour la singularité des objets qui s'y trouvent, très-médiocre d'ailleurs au point de vue de l'art; en résumé, on y passe une journée très-amusante.
Je suis si contrarié de votre lettre, que je n'ai pas le courage d'écrire. Adieu.
[CXLVI]
Paris, jeudi soir, 2 décembre 1851.
Il me semble qu'on livre la dernière bataille, mais qui la gagnera? Si le président la perd, il me semble que les héroïques députés devront céder la place à Ledru-Rollin. Je rentre horriblement fatigué et n'ayant rencontré que des fous, à ce qu'il m'a paru. La mine de Paris me rappelle le 24 février; seulement, les soldats font peur aux bourgeois. Les militaires disent qu'ils sont sûrs du succès; mais vous savez ce que c'est que leurs almanachs. Voilà notre promenade ajournée...
Adieu, écrivez-moi et dites-moi si les vôtres sont engagés dans la bagarre.