Fort Yale, sur le Fraser.

A cette époque, il n’y avait, en fait de route, qu’un sentier escarpé qui tantôt montait du marais à la montagne, tantôt descendait de la montagne au marais, jusqu’à ce qu’on arrivât enfin à William’s Creek, centre du district minier du Caribou, où se trouvait agglomérée une population d’environ huit à dix mille hommes. On peut aisément se figurer quelle procession continuelle de bêtes de somme il fallait pour subvenir aux besoins de cette population.

Yale était un petit centre très-vivant et avait bien plus l’apparence d’une ville commerçante que New Westminster, la capitale de notre colonie.

Les chargeurs de profession sont presque tous Mexicains et ont tout l’air d’une race de véritables bandits. Quand ils sont absolument sans argent, ils travaillent comme des esclaves pendant un mois, et puis dépensent en quelques jours tout ce qu’ils ont gagné.

J’eus le bonheur de faire la connaissance d’un de ces gentlemen qui venait de perdre son dernier dollar à une table de jeu. Avec son vaste sombrero[I], ses guêtres brodées d’argent, son poncho[J], c’était bien l’un des plus beaux spécimens de sa race qu’on pût trouver. Il condescendit, avec tous les airs d’un grand seigneur qui a éprouvé des revers de fortune, à nous aider de ses services pendant le premier jour de notre voyage, moyennant la bagatelle de 5 dollars (27 fr. 10 c.).

La première chose qu’il fit, en voyant les bâts que nous avions apportés de Victoria, fut de déclarer, en haussant les épaules, qu’ils ne pouvaient servir à rien, et que, si nous n’avions pas des aparejos convenables, nous n’arriverions jamais aux mines. Sur ce, il sortit et revint, peu de temps après, avec d’énormes bâts de cuir, en forme de bissac et rembourrés de foin. Ce ne fut pas pour nous une mince dépense; mais il fallut en passer par là.

Nos bagages et nos provisions ayant été, avec beaucoup d’adresse, divisés en huit paquets de 150 livres, et chargés sur nos quatre mulets, nous nous mîmes en marche le long du sentier tortueux qui se dirige vers l’intérieur à travers les cañons[K] ou gorges du Fraser. Ce sentier, jusqu’à environ soixante milles (96 kilom.) de Yale, court à travers des montagnes qui ont reçu le nom de Cascade Mountains (monts des Cascades).

En route pour les mines.