Leur ambition, quand ils ont amassé un peu d’argent, est d’ouvrir un magasin d’épicerie ou de s’établir blanchisseurs. Ils sont arrivés à avoir le monopole presque absolu de cette dernière profession en Californie et dans les autres contrées aurifères de la côte du Pacifique. Dans les villes, les emplois de domestiques et de garçons de bureau sont presque tous remplis par des Chinois. Il y a à San-Francisco des maisons chinoises dont l’importance dépasse de beaucoup celle des plus fortes maisons américaines ou européennes.
Mais laissons pour le moment les Chinois, et revenons à notre voyage.
CHAPITRE VII
LA VALLÉE DE LA THOMPSON
Deux autres journées de marche nous amenèrent, sans incident digne de remarque, à la petite ville de Lytton, située au confluent du Fraser et de la Thompson. A partir de là, c’était le cours de cette dernière rivière que nous avions à remonter.
De tous les sites d’aspect morne et lugubre qui existent au monde, c’est assurément à la vallée de la Thompson, ou du moins aux premiers quinze ou vingt milles de cette vallée, à partir de son embouchure, qu’il faut donner la palme. Les cañons du Fraser sont cependant d’un aspect bien sauvage; on n’y voit que rochers entassés où même le sapin refuse de croître.
Nous nous dirigeâmes en toute hâte à travers cette affreuse solitude, vers Cook’s Ferry (le bac de Cook), où nous traversâmes la rivière. De là il nous fallut remonter, le long de la rive nord de ce cours d’eau, à travers un pays plus ouvert où les prairies abondent, jusqu’à une petite rivière appelée la Buonaparte.
Les rives de cette dernière sont basses et marécageuses, et nous y fûmes tourmentés par les moustiques au point que nos mains et nos visages ressemblaient à des oranges bouillies, barbouillées de jus de betterave.
Deux ou trois jours de marche nous amenèrent à un plateau d’une altitude d’environ mille pieds, où toute l’eau que nous pûmes trouver était fortement alcaline. Là, nos animaux nous donnèrent une peine infinie, car chaque nuit ils s’écartaient de six ou sept milles (9 à 11 kilom.) à la recherche d’un peu d’eau douce. C’était pour nous un exercice fatigant, mais excellent, car il nous rendit bientôt aussi habiles que des Indiens à découvrir la piste de nos bêtes égarées.