Cela fait, nous attachâmes nos prisonniers sur leurs propres chevaux, nous les chassâmes devant nous jusqu’à ce que nous trouvâmes un bon campement pour la nuit. Deux d’entre nous retournèrent enterrer le corps du malheureux Slippery Jack, pendant que deux autres veillaient sur nos prisonniers.
Le lendemain nous rejoignîmes nos compagnons, qui furent ravis du succès de notre expédition. Continuant notre voyage, nous arrivâmes bientôt à William’s Lake, où nous abandonnâmes nos trois captifs aux tristes rigueurs de la loi. De William’s Lake nous nous dirigeâmes vers la Quesnelle. C’est des deux côtés de cette rivière que s’étend le riche district minier du Caribou.
Pete s’avança.
Il nous restait, après avoir traversé la Quesnelle, environ soixante milles (96 kilomètres) à faire pour atteindre William’s Creek; mais quelle route! Il est impossible de donner une idée de ce qu’était alors ce chemin. Ici un marais, océan de boue dont les écueils étaient des racines ou des troncs d’arbres; là les flancs glissants d’une montagne, détrempés par la fonte des neiges et par une pluie fine qui tombait en moyenne trois jours sur quatre; plus loin, entre Antler Creek et William’s Creek, la Bald Mountain (montagne Chauve) de sept ou huit mille pieds, et dont les sommets, même vers la fin de juin, étaient couverts de neige. Chaque nuit un froid vif durcissait assez la neige pour qu’on pût y marcher le matin, avant que la chaleur fût assez forte pour la fondre.
Nos mules ne pouvant venir jusque-là, il nous fallut les vendre à Keithley’s Creek pour la moitié de ce qu’elles valaient, diviser nos bagages en paquets de quatre-vingts livres, les charger sur notre dos et faire deux fois, ainsi chargés, ce pénible voyage.
Enfin, après seize jours de fatigues inouïes, nous nous trouvâmes sains et saufs, avec nos bagages, à William’s Creek, où nous commençâmes par nous accorder deux jours d’un repos indispensable.
CHAPITRE IX
WILLIAM’S CREEK
Personne au monde n’est autant que le chercheur d’or le jouet des circonstances; personne n’a moins que lui le temps et les moyens de calculer les chances bonnes ou mauvaises du parti qu’il va prendre; personne enfin n’est plus que lui la victime ou le favori de la fortune: sa profession n’est qu’un jeu de hasard et il n’est lui-même qu’un joueur déterminé.