La science, contrairement à ce qui se passe pour les métaux moins précieux, ne lui est pour ainsi dire d’aucun secours. L’expérience pratique a plus de valeur; car, pour ce qui est de l’existence de l’or sur un point donné, l’opinion de quelques vieux chercheurs d’or a plus de poids que celle de tous les membres de n’importe quelle société de géologie. Mais, il faut bien le dire, l’expérience elle-même est à chaque pas en défaut. Il y a—peut-être faudrait-il dire aujourd’hui il y avait—en Californie des placers appelés par les vieux mineurs Greenhorn (pointe des inexpérimentés, des nigauds), et qui, exploités, devinrent un jour les gisements les plus riches.

On raconte ainsi l’origine de ce nom. Vers 1851, une foule de mineurs étaient à l’œuvre sur les bords de la rivière où se trouvent ces placers et recueillaient une grande quantité d’or. Un des axiomes reconnus de la profession est que le précieux métal a existé d’abord dans les veines de quartz dont la colline est en partie formée, et que, la surface du sol se décomposant par l’action des influences atmosphériques, l’eau a entraîné l’or, qui, en vertu de sa pesanteur spécifique, s’est déposé dans le lit du fleuve. Jugez, d’après cela, de la surprise des vieux mineurs quand ils virent une compagnie d’émigrants nouvellement arrivés s’établir au faîte d’une colline détachée au centre de la vallée, et là, creuser et bêcher avec toute l’ardeur dont ils étaient capables. Mais quelle ne fut pas leur surprise quand il fut constaté que cette colline dont pas un mineur expérimenté n’aurait voulu entendre parler, et sur laquelle les autres ne s’étaient établis que par pure ignorance, était l’un des terrains aurifères les plus riches des environs! Greenhorn, ainsi nommée pour caractériser l’inexpérience des pionniers qui s’y étaient établis, devint un des plus grands centres aurifères dont on ait jamais entendu parler.

Nous nous trouvâmes, lorsqu’il fallut enfin nous décider nous-mêmes, dans une grande perplexité. Chacun était d’un avis différent et nous ne savions à quoi nous arrêter.

Sur un espace de deux ou trois milles, tout le pays était occupé, et William’s Creek ressemblait nuit et jour à une vaste fourmilière. Les fourmis humaines travaillaient, car dans les terrains humides le travail ne peut pas être suspendu, pas même le dimanche. Aussi était-ce un curieux spectacle que de voir la nuit, dans la vallée, chaque puits avec son petit feu, sa lanterne et ses ombres allant de l’obscurité à la lumière, pour rentrer de la lumière dans l’obscurité, comme les démons dans une féerie, pendant que, de temps à autre, une hutte s’éclairait, lorsque quelque travailleur fatigué allait enfin se reposer de son labeur nocturne.

Il semblait qu’il n’y eût qu’un mot d’ordre, travailler, toujours travailler. Des loafers (flâneurs) et des joueurs se voyaient bien parfois dans les bar-rooms et autour des tables de jeu; mais ne rien faire était un luxe trop coûteux dans un endroit où les salaires s’élevaient à deux ou trois livres sterling (50 ou 75 francs) par jour, et où la farine coûtait six shillings (7 fr. 50) la livre.

William’s Creek.

Les bruits de toute sorte que l’on entendait étaient aussi curieux que les objets qui frappaient la vue. De tous côtés, sur les collines, c’était le craquement des branches, les coups sourds des haches, le fracas des arbres dans leur chute et le grincement des scies qui changeaient les troncs en madriers et en planches; au fond de la vallée, c’était le clapotement de l’eau, le ronflement des roues hydrauliques, le frottement des pelles sur les cailloux, le tintement des marteaux des forgerons, et les cris de ceux qui du dehors faisaient passer les seaux vides à ceux qui travaillaient au fond des puits.