»Après souper, nous nous mîmes à fumer et à causer de choses et d’autres, et en particulier de ce district et de notre placer. Il était fort curieux et me fit une foule de questions sur notre concession de terrain, nos espérances, le nombre des associés, l’époque où nous reviendrions. Pendant ce temps, il examinait tout autour de lui d’un œil curieux, il semblait faire l’inventaire de tout ce que nous possédions. Mais sur le moment je ne fis pas grande attention à tout cela.
»Le premier jour nous mîmes le puits complétement à sec, et armé d’une pioche et d’une pelle, je me fis descendre par mon homme à l’aide du treuil. Après avoir traversé une couche fort dure, ma pioche rencontra soudain une roche plus molle; je me baissai et grattant avec mon couteau, je trouvai les pépites que voilà. Transporté de joie, je m’écriai: «Enfin, grâce à Dieu! nous y voilà.» A ce moment, levant les yeux, je vis mon homme penché sur le bord du puits. Sa figure étant en pleine lumière me parut avoir un air fort peu rassurant. Je lui criai de me remonter.
—Nous allons voir ça! me répondit-il.
Piége à martres.
»Je me mis donc à rire comme si c’eût été une plaisanterie de sa part, et, mettant ces pépites dans ma poche, je m’assis, en lui disant que sans doute il en aurait bientôt assez de ce jeu-là; mais il s’en alla sans me répondre.
»L’affaire commençait à prendre mauvaise tournure; cependant je ne pouvais croire encore qu’il eût l’infamie de m’abandonner au fond du puits, où je devais infailliblement mourir de faim, car il était peu probable que quelqu’un vînt à passer par là. Et puis, je me disais que notre cabine était vraiment trop pauvre pour tenter sa cupidité. Il me vint à l’esprit toutes sortes d’idées: je pensai qu’il était peut-être fou, ou qu’il s’imaginait que nous avions quelque trésor caché dans la cabine et qu’il était en train de le chercher; d’un autre côté, je me dis qu’il ne s’en irait pas sans revenir voir où j’en étais, et je me promis de lui demander de prendre mon revolver dans la cachette où je le gardais près de ma couchette et de me tuer du coup pour en finir. Puis je pensai qu’après tout je ne tenais pas à quitter la vie de sitôt, et je me mis à chercher quelque moyen de sortir de ma prison. Grimper contre les parois du puits, il n’y avait pas à y songer; il avait retiré le seau, et, ne l’eût-il pas fait, il est probable qu’il eût coupé la corde. Je pensai que peut-être il me serait possible de sortir à l’aide de mon couteau et de ma pioche, en les plantant alternativement dans les parois du puits et m’en servant comme d’échelons; mais si je venais à glisser! Cette pensée me fit passer un frisson dans tout le corps.
»Cependant je ne pouvais découvrir aucun autre moyen de sortir de là, et je me résolus d’attendre que mon ennemi fût parti pour tenter l’aventure. En attendant, l’eau montait dans le puits, car il avait détourné l’eau de la roue et la pompe ne fonctionnait plus. Il y avait dans ce dernier détail une espèce de consolation, car, mourir pour mourir, mieux valait être noyé du coup que de succomber lentement à la faim et au froid.
»Pendant que je songeais ainsi à mon triste sort, le scélérat vint voir, avant de partir, ce que je faisais.