—Eh! en bas! dit-il, en se montrant à l’ouverture du puits.
»Je crus qu’il venait enfin pour me tirer dehors; mais lorsque je levai les yeux, le cœur me faillit, car je vis qu’il avait sur ses épaules un paquet de tout ce qu’il avait pu prendre dans la cabine.
«Infâme gredin! lui criai-je du fond de mon trou; vas-tu donc me laisser mourir ici comme un chien?
—Au revoir, me répondit-il en ricanant; désolé que vous ne soyez pas mieux logé!
»Je poussai des cris, je jurai, je tempêtai, je lui promis de lui tordre le cou si jamais je sortais de là; prières, menaces, tout fut inutile: il s’en alla.
—Mais comment, au nom du ciel, fîtes-vous pour vous tirer de là, Jake?
—Après le départ de ce misérable, je regardai encore une fois autour de moi. Tout à coup je vis le moyen de sortir de ma prison et je faillis devenir fou de joie plus encore à l’idée de pouvoir me venger de ce misérable qu’à celle d’échapper à la mort. Il y avait la pompe! Je n’avais qu’à fixer solidement au fond du puits, avec ma pioche enfoncée dans une des parois, la courroie qui portait les augets, et à grimper en me servant des augets comme d’échelons.
—Ce fut pour vous une véritable échelle de Jacob, Jake.
—Oui, en effet. Pour plus de prudence, j’attendis que mon ennemi se fût éloigné, car au moindre bruit il aurait pu revenir, couper la courroie et m’envoyer au diable en une minute.
»Quand je jugeai qu’il était assez loin, je mis mon projet à exécution, et je sortis facilement du puits; une fois là, je tombai la face contre terre, brisé de fatigue et d’émotion. Puis je courus à la cabine pour m’assurer s’il n’avait pas trouvé mon revolver qui était caché; l’ayant pris, je mangeai un morceau et partis à la poursuite de mon homme.