Par un hasard assez fréquent dans la recherche aventureuse des gisements aurifères, la partie de la creek sur laquelle était tombé notre choix se trouva de beaucoup la plus riche du voisinage, et au bout de cinq mois de travail nous avions amassé une somme très-considérable.

Lorsqu’on sut que nous étions devenus riches, on nous fit à Victoria l’accueil le plus sympathique et l’on nous entoura d’un respect tout particulier. Le journal auquel j’avais autrefois collaboré publia quelques articles où Pat et moi étions désignés comme «deux des principaux et des plus entreprenants pionniers»; mais lorsqu’on sut que nous n’avions point l’intention de semer sur les lieux les richesses que nous venions d’acquérir, on changea de ton, et le journal se livra à une véritable explosion d’indignation contre «ces avides et ingrats personnages qui viennent faire leur fortune dans le pays et s’en vont la dépenser ailleurs».

CONCLUSION

Pat fut de beaucoup le plus sage de nous deux. L’ambition n’était point un des traits dominants de son caractère; et c’est pourquoi, se voyant désormais riche pour la vie, il se fit habiller convenablement, se munit de tout ce qui pouvait lui être utile ou agréable durant la traversée, et prit un passage de première classe sur un navire qui retournait en Irlande. Deux ans plus tard il m’écrivit pour m’apprendre que sa fiancée Brigitte et lui étaient mariés et possédaient une jolie petite propriété située non loin du lieu de sa naissance. Il m’engageait fort à l’imiter, et ajoutait, dans le langage imagé d’un vieux mineur, que si je voulais abandonner l’exploration des montagnes du Far West pour celle de sa propriété, j’étais sûr d’y trouver, sans longues recherches, le roc solide de sa vieille affection. Il me faisait les amitiés de Brigitte, et me disait qu’en dépit du regret qu’elle avait eu de donner à son premier enfant «le nom saxon et païen de Richard», elle l’avait cependant ainsi baptisé en souvenir de moi et de mon amitié pour son mari.

Pour ma part, je n’avais nullement le désir de rentrer de sitôt au pays et de faire une fin. Je me livrais alors avec acharnement à la spéculation, et j’avais déjà amassé une grande fortune; mais le sort ne me fut pas longtemps favorable et je perdis une grande partie de mon avoir. J’eus le bonheur toutefois de retrouver mon vieil ami le capitaine, qui n’avait pas été fort heureux dans ses dernières entreprises; et ce fut pour moi une grande joie de pouvoir lui témoigner ma reconnaissance et lui venir en aide à mon tour.

Après un hiver agréable à Victoria, je partis, avec un de mes vieux amis, pour San-Francisco, d’où je comptais aller explorer le riche district argentifère de Washoe, et c’est au moment d’entreprendre cette nouvelle expédition que je ferme ce volume et dis adieu à ceux de mes lecteurs qui ont bien voulu me suivre jusqu’ici.

FIN

PARIS.—IMPRIMERIE DE E. MARTINET, RUE MIGNON, 2.

TABLE DES MATIÈRES

[CHAP. Ier.]Le départ [1]
[II.] San-Francisco[18]
[III.] L’arrivée[32]
[IV.] L’île Vancouver[46]
[V.] En remontant le Fraser[55]
[VI.] En route pour les mines[68]
[VII.] La vallée de la Thompson[84]
[VIII.] Les voleurs de bestiaux[91]
[IX.] William’s creek[100]
[X.] Navigation sur le Fraser[116]
[XI.] Nos vacances[128]
[XII.] Une expédition dangereuse[139]
[XIII.] Un hiver à Victoria[151]
[XIV.] Seconde saison aux mines[160]
[XV.] Nouvelles aventures[174]
[XVI.] Une triste aventure[189]
[XVII.] A la découverte de l’or[208]
[XVIII.] La dernière chance[222]
Conclusion[243]