Nous nous gardâmes bien de dire à cet homme où nous allions, de crainte qu’il ne commît quelque indiscrétion; et le lendemain matin, après avoir chargé nos mulets de tout ce qui nous était nécessaire, nous partîmes en suivant le cours de la William’s Creek pour gagner Antler Creek, source de la rivière de l’Ours, par une route différente et moins connue que la route ordinairement suivie. Nous ne manquâmes pas cette fois d’emporter deux bonnes carabines que Schwartz nous procura et une provision de poudre, de balles et d’autres munitions.

Le premier jour, le chemin fut assez praticable; mais les deux jours suivants il devint très-mauvais; nous ne pûmes faire qu’une douzaine de milles, et malgré cela nos pauvres animaux étaient horriblement fatigués. Nous arrivâmes enfin à un endroit situé à deux milles au-dessus de notre creek, sur le bord opposé du cours d’eau principal. Pendant notre absence, la neige avait fondu dans le haut pays et la rivière avait repris son niveau habituel: nous n’éprouvâmes aucune difficulté à construire un radeau. Nous eûmes deux ou trois traversées à faire pour transporter nos animaux et nos provisions de l’autre côté, ce qui, avec les allées et venues, nous prit encore quelques jours.

Une fois arrivés à notre claim, nous abattîmes des arbres pour construire une confortable hutte qui fut bâtie en trois jours; puis, comme c’était convenu, je laissai Pat et le représentant de Schwartz compléter la cabine, couper des planches pour les vannes et creuser un fossé pour amener une rigole à l’endroit où nous voulions travailler, et je retournai à William’s Creek pour y reconduire les mules. Cela fait, je revins en hâte me remettre au travail.

A mon retour, je trouvai la cabine finie, et l’eau amenée sur les lieux par une suite d’écluses complétées le jour précédent et dans lesquelles Pat et Jim (l’homme de Schwartz) jetaient à tour de rôle des pelletées de cette boue dans laquelle était cachée notre fortune future. Ils avaient, durant mon absence, travaillé comme des nègres.

Pendant trois mois nous ne vîmes personne; mais à la fin du troisième mois Schwartz vint accompagné d’un homme, nous amenant cinq chevaux chargés de provisions fraîches et d’outils neufs dont nous commencions à avoir grand besoin. Nous avions amassé un joli tas de poussière d’or; Pat partit avec Schwartz pour placer notre trésor à la banque.

Exploitation des mines d’or, dans le Caribou.

Plusieurs de ces individus qui sont toujours à l’affût des nouvelles eurent vent de cette seconde expédition, et peu après le retour de Pat nous eûmes une invasion de vingt à trente mineurs, à la tête desquels je reconnus l’homme même que Schwartz avait amené avec lui. Mais il ne nous molestèrent en aucune façon, et se mirent diligemment au travail. Au reste, il y avait amplement de la place pour nous tous, et nous fûmes plutôt satisfaits que contrariés de les voir s’établir près de nous. Notre petite colonie, avec ses six ou sept huttes de troncs d’arbres, ne manquait pas d’animation; les bords du ruisseau offraient même le spectacle d’une grande activité; tous les travailleurs étaient à l’ouvrage, piochant la terre, lavant les roches, triant le minerai.

A la fin de la saison, notre claim étant presque épuisé, nous cédâmes notre terrain à un prix très-modéré à quelques-uns de nos anciens amis qui étaient venus s’établir auprès de nous.