Le 30, j'adressai une lettre fort détaillée au citoyen Coste, membre du conseil de santé des armées, et je disais, entre autres choses, à ce chef distingué de la médecine militaire: «Les circonstances de la guerre ont empêché les officiers de santé en chef de l'armée d'Orient, et moi en particulier, de correspondre avec le conseil; des ordres précis des généraux qui ont successivement commandé en chef en ont fait une loi, de crainte que ces communications ne tombassent aux mains de l'ennemi... J'ai donc été forcé de taire une partie du compte que je vous devais, et j'ai tâché d'y suppléer en insérant dans nos journaux politiques et littéraires d'Égypte plusieurs articles que j'apprends avoir été réimprimés en France.»
Le nombre des malades reçus dans les lazarets augmenta pendant ce mois; la compagnie d'artillerie de marine, logée à Gizeh dans une mauvaise maison, et dont il est parlé page 192, envoya trois hommes au lazaret de Boulak. Nous perdîmes en frimaire soixante-neuf malades, ci... 69 morts.
J'écrivis au président de la commission extraordinaire de salubrité publique la lettre suivante (no 584 de ma correspondance).
Au quartier-général du Kaire, le 3 nivôse an IX.
«Je crois, citoyen président, devoir mettre sous les yeux de la commission l'indispensable nécessité de s'occuper avec activité du curage du Kalish si on veut éviter des maladies très graves et d'une communication facile.
«Je dois en même temps avoir l'honneur de vous prévenir que, sur les avertissements qui m'ont été donnés par notre honoré collègue le préfet maritime Leroy, je me suis fait rendre un compte exact et détaillé de l'état des environs de la porte dite Bab-luk: les causes de l'infection sont bien déterminées; c'est un reste d'eau croupissante dans l'une des branches du Kalish qui verse dans la place Ezbequier, et auquel viennent se joindre les eaux qui découlent d'une immense tannerie. Le cimetière voisin, qui a été pendant le siège le théâtre de tant de combats, ne contribue pour rien à l'infection, quoiqu'il ait été pénétré par les eaux à une grande profondeur; l'infection d'ailleurs est bornée à un cercle peu étendu, éloigné des habitations, et ne peut guère être portée sur la ville par les vents.
«Les travaux immenses entrepris pour les communications, les plantations commencées qui décoreront les routes, en les consolidant, contribueront en même temps à la salubrité; enfin on parviendra, en étudiant les localités, à un système d'irrigation, qui, sans nuire à l'agriculture, rassurera l'existence des habitants. Je dirige journellement mes observations et mes recherches vers ce but utile et désirable, et je m'empresserai toujours de faire hommage de leurs résultats à la commission.»
J'adressai, le 6, la lettre qui suit aux citoyens Barbès, Carrié, et Pugnet, médecins de l'armée (no 587 de ma correspondance).
«Je désire, citoyens, qu'indépendamment des services importants que vous avez rendus, et que je m'empresserai de faire connaître dans des circonstances favorables, vous attachiez plus particulièrement encore votre nom à l'histoire d'une expédition à jamais mémorable, quelle que puisse en être l'issue.
«Je vous charge en conséquence de la rédaction de la topographie physique et médicale de cette place: le travail, je le sais, est étendu; mais il est fort au-dessous des forces de chacun de vous, et par conséquent de la réunion de vos talents. Vous trouverez beaucoup de choses faites sur la géographie, la météorologie, l'état des décès, etc.; toutes les sources vous seront ouvertes, et vous aurez toutes les recommandations ou les ordres nécessaires pour les communications dont vous aurez besoin.