Les vices des peuples policés sont répandus dans le Saïd; ils y sont exaltés de manière à faire ressortir les maux que sèment partout et l'ignorance et l'esclavage.
Il y a des femmes publiques qui arrêtent les passants aux portes de Syouth; et on y connaît ce genre honteux de prostitution qui contrarie le but de la nature et les admirables lois de la reproduction des êtres.
Malgré la résignation au destin, qui fait regarder les maladies comme un inévitable châtiment, les vieillards, et surtout les vieilles femmes, distribuent des amulettes et des talismans pour tous les maux, et surtout pour écarter la magie et les magiciens, qui, selon leur opinion, causent tout ce qui n'est pas bien dans l'univers.
Leur médecine, si l'on peut appeler de ce nom un empirisme brut et sans raisonnement, est composée d'une suite d'observations peu exactes et sans aucune liaison entre elles. Les malades sont exposés dans les rues, ou à la porte des mosquées; ils y étalent surtout le spectacle dégoûtant et affligeant des maladies qui attaquent le système absorbant et la peau, et forme cette classe nombreuse que les auteurs de nosologie appellent cachexies. Soit que les maladies soient invétérées, soit qu'elles soient aiguës ou récentes, on manifeste à peu près la même indifférence sur leur terminaison.
Cependant les médecins étrangers inspirent aux habitants du Saïd beaucoup de confiance; ils leur exposent volontiers leurs maux. C'est ainsi que l'on apprend d'eux que, pour chasser les vers, on donne aux enfants une décoction de graine de ricin; et pour calmer les convulsions, une boisson d'huile de lin; que les nourrices (et ce fait est intéressant) boivent souvent elles-mêmes le médicament qui doit agir sur leurs nourrissons; que la consomption survient assez communément à la suite des obstructions du bas-ventre; que la petite vérole est dangereuse, et laisse beaucoup de faiblesse d'yeux et des cécités. Le traitement de cette dernière maladie est diamétralement opposé à ce que l'expérience nous a enseigné de salutaire; on enferme soigneusement les malades, on les accable de couvertures, et on les tient à un régime très échauffant. Puissent les habitants de ces contrées adopter un jour la méthode plus naturelle qui a tellement adouci dans l'Europe ce fléau naguère si redouté!
Les vices de conformation sont rares; peut-être cela tient-il à la liberté dans laquelle on élève les enfants qu'on n'entoure jamais d'aucuns liens.
À Minyéh je fus consulté pour une fille de quinze ans, chlorotique. Sa mère et de vieilles femmes avaient mis vainement en usage, pour faire paraître les règles, l'irritation mécanique, quelques drogues, et des amulettes: je leur conseillai de l'eau chalibée; mais la répugnance qu'ils témoignent quelquefois pour les médicaments tirés du règne minéral, détournèrent la famille de l'employer.
J'eus presque toujours pour compagnon et pour aide dans mes recherches un vieil empirique de Syouth, borgne et bavard, qui se vantait aux yeux des siens de posséder des secrets merveilleux contre tous les maux, qu'il dit avoir puisés dans le Coran, où ils ne sont certainement pas, ou dans les inspirations du prophète, avec lequel il est aussi fort douteux qu'il ait des relations.
La grossesse est accompagnée d'envie de vomir, et de désirs assez déréglés. Les femmes avortent facilement l'été; elles souffrent plus dans les dernières que dans les premières couches; elles souffriraient plutôt la mort que de se laisser assister dans leurs couches par un homme.
Si peu de temps après leur mariage les jeunes femmes ne sont pas enceintes, elles implorent l'assistance des vieilles, qui leur frottent l'intérieur des parties sexuelles qui peuvent être facilement atteintes avec des liniments; elles leur donnent des poudres, dont nous ne connaissons pas plus la nature, que la vertu des enchantements qu'elles mettent aussi en usage. La stérilité est flétrie d'opprobre dans la loi de Mahomet.