Je n'ai pu réunir sur la peste les connaissances que j'aurais désiré acquérir; cependant, d'après un grand nombre de relations, j'ai cru pouvoir conclure que le mot peste, ou koubéh en arabe, est une dénomination générique appliquée aux maladies aiguës et très malignes. On assure dans le Saïd que cette maladie y a toujours été apportée de la basse Égypte.
La résignation des Musulmans au destin les a empêchés de se prémunir contre ce cruel fléau. Les dogmes des anciens Égyptiens, qui voulaient que la vie ne fût qu'un passage à une longue existence future, un sommeil qui menait à un éternel réveil, paraissent s'être conservés chez leurs descendants; et l'on en est presque convaincu, lorsque, comparant les maisons et les tombeaux, on voit les morts constamment mieux logés que les vivants.
NOTES
Sur les maladies qui ont régné en frimaire an 7, recueillies dans l'hôpital militaire du vieux Kaire;
par le citoyen BARBÈS, médecin ordinaire de l'armée d'Orient.
Au vieux Kaire, le 3 nivôse an VII.
Durant les deux premières décades de frimaire, même température dans la chaleur des jours et la fraîcheur des nuits que pendant le mois de brumaire. Nous avons eu occasion de vérifier, jusqu'à un certain point, l'observation faite avant nous que dans le mois de novembre et le commencement de décembre on se brûle en Égypte le jour, tandis qu'on s'y gèle la nuit: c'est après dix heures du matin jusqu'à deux heures après midi que le soleil est réellement chaud, et le refroidissement se fait sentir à une heure après minuit. Alors ceux qui bivouaquent sont éveillés; ils se trouvent contraints de prendre tous les moyens possibles pour se réchauffer: on dirait que de tous côtés on s'est donné le mot pour recueillir des combustibles, et faire des feux.
Peu à peu se forme un brouillard épais qu'on ne reconnaît qu'avec le jour, qui procure un froid humide et pénétrant, et qui n'est entièrement dissipé que deux heures après le lever du soleil.
Cependant, avant de parvenir à la fin du mois, nous avons eu quelques jours un peu nébuleux; le brouillard s'est dissipé plus tard, et l'humidité froide de la nuit s'est prolongée dans la matinée.
Nous en avons eu d'autres où quoique le brouillard fût à peine sensible, le froid ne l'était pas moins; ils étaient le prélude du changement de température qui a eu lieu la dernière décade du même mois.
En effet, le vent du nord soufflait avec assez de constance, l'ardeur du soleil diminuait progressivement, et l'humidité froide des nuits prenait de plus en plus de l'empire.
Le 27, le vent sud-ouest amena quelques gouttes de pluie durant plusieurs minutes.