Le terrain de cette contrée est composé de sable quartzeux et d'argile: on peut assurer que la proportion de la première partie avec la seconde est comme trois à un. Si ce pays était un an sans être arrosé, il deviendrait très aride: les eaux du Nil, qui y arrivent par des canaux, déposent dans leur trajet une assez grande quantité du limon dont elles sont chargées; mais cela ne suffit pas pour engraisser la terre, et la partie sablonneuse y prédomine toujours. C'est malgré cela le seul endroit de la basse Égypte où j'ai vu des prairies naturelles, ornées de fleurs de camomille, de gremil (lithospermum augustifolium. Lin.) de lichens et de narcisses, et qui offre des points de vue aussi agréables.

Quoique le pays présente peu de ressources, les habitants vivent assez bien; ils recueillent du blé et de l'orge; ils ont du trèfle, du tabac, de l'indigo, des radis, des banniers (hibiscus esculentus. Lin.), de la mauve, des dattes excellentes, du poisson, des poulets, des pigeons, des canards, des troupeaux de chèvres et de moutons. J'ai vu fort peu de buffles et de bœufs, et je crois qu'ils ne leur sont pas nécessaires, parce qu'ils arrosent à force de bras, et qu'ils défrichent la terre sans le secours de ces animaux.

Une multitude de hérons et d'oiseaux nageurs passent leur vie sur les bords des lacs dont j'ai parlé; ils y pêchent de petits poissons, et y cherchent des vers pour se nourrir. Les insectes sont en général, et comme dans le reste du désert, de la couleur parfaite du sable; de sorte qu'il y a trois ou quatre espèces d'orthoptères, qu'on ne peut distinguer que quand ils sautent. On prend beaucoup de hérissons dans les bois, et on y chasse le sanglier. Les corbeaux et les milans purgent promptement la terre des cadavres. Les chiens sont comme ceux du reste de l'Égypte. Les déserts voisins sont peuplés de gazelles, d'autruches, de caméléons, et de lézards prodigieux, tels que ceux que l'on fait voir par curiosité dans les rues du Kaire.

Au nord de la forêt il y a des tamaris, des saules et des nabkhs (rhamnus napeca. Lin.). J'ai trouvé la salsosa et la suæda, le chenopodium polyspermum. Lin., la filago gallica. Lin., le colchicum autumnale. Lin., le ranunculus sceleratus. Lin., l'alisma, plantago Lin., la fumaria officinalis. Lin., le buphtalmum spinosum. Lin., l'arthemisia absyntium. Lin., et la medicago marina. Lin. Les cyperus, communs sur les bords du Nil, sont ici très rares. La chicorée sauvage, la bourrache et la cynoglosse y croissent en abondance.

On a pour les arbres un respect religieux: cela tient-il à leur grande utilité, ou bien à l'usage où les habitants de ce pays sont d'enterrer quelquefois leurs morts au pied des arbres? Je frappais un jour avec une baguette le tronc d'un beau nabkh; un vieillard s'avança vers moi; il était ému et ses yeux étaient baignés de larmes: Cesse, me dit-il en suppliant, cesse de troubler le sommeil d'un cheikh vénérable qui repose sous les racines de cet arbre. Je me conformai à l'instant à ses désirs, et il me combla de bénédictions.

Les lieux incultes sont, comme le reste de l'Égypte, couverts de muriate de soude. J'ai observé deux citernes ruinées et bâties en brique, sur lesquelles on trouve une matière saline blanche, qui m'a paru du natron.

Il y a très peu de minéraux; on rencontre par fois des morceaux de lave qui sont des débris de meules.

Les habitants de Ssalehhyéh ont peu de maladies, et la mortalité est limitée chez eux. D'après un calcul que j'ai fait, l'ophtalmie attaque tous les ans la vingtième partie de la population. Il y a peu d'aveugles, et beaucoup de borgnes. La perte de la vue est souvent la suite de la petite vérole, qui fait de fréquents ravages, et se joint tous les dix ou quinze ans aux fièvres contagieuses qui se propagent d'ordinaire de Damiette. L'application du feu et les scarifications, moyens énergiques et par conséquent efficaces, quand l'emploi en est sagement déterminé, composent à peu près toute la médecine du pays, qui est d'ailleurs sain, et où il pleut sept ou huit fois par an dans l'hiver. Les habitants se baignent fréquemment dans les lacs. Ils sont sobres. Ils ont placé leurs cimetières loin de leurs habitations. Il est digne d'observation que les hommes et les femmes n'ont pas, comme dans le reste de l'Égypte, l'usage de se couvrir le corps de marques bleues, de noircir leurs paupières, et de colorer leurs ongles avec le henné (lewsonia inermis. Lin.), pratique au reste très ancienne chez les Arabes, même parmi les khalifes, et dont il est fait mention dans l'Histoire sarrasine d'Elmacin, traduite par Erpenius. J'ai vu à Ssalehhiéh un grand nombre de vieillards assez robustes, et n'ai pas observé un seul estropié. Il faut sans doute rapporter en grande partie cette belle conformation à la grande liberté des mouvements qui ne sont jamais comprimés dans l'enfance.

NOTICE
Sur la topographie physique et médicale de Belbeys; par le citoyen Vautier, médecin ordinaire de l'armée d'Orient.

Belbeys est une ville de la Charqyéh, et le chef-lieu du 4e arrondissement de l'Égypte, dans la division établie par l'ordre du général en chef Kléber, du 28 fructidor an VII.