Plusieurs louent l'application des cataplasmes émollients et résolutifs dans les trois espèces d'ophtalmie; mais l'observation apprend le contraire, et fait voir que ces moyens relâchent les parties, augmentent la douleur, et produisent d'autres mauvais effets.
Tel est le traitement dont je me suis servi dans les hôpitaux militaires; et sur environ mille malades que j'ai traités, je n'ai eu à déplorer le sort que de deux qui sont devenus aveugles, et de deux autres qui ont perdu un œil.
Moyens préservatifs de l'Ophtalmie.
Les moyens que j'ai à indiquer ne peuvent guère servir aux soldats, que leur profession et leurs exercices continuels privent de pareils soins; cependant ils peuvent être utiles à ceux qui auront plus d'aisance et de loisir.
D'abord il faut éviter de s'exposer à la lumière trop vive du soleil la tête découverte, et à l'humidité de la nuit sans se couvrir; en second lieu il faut se baigner les yeux deux ou trois fois par jour avec de l'eau claire, mêlée avec du vinaigre ou du suc de limon; il faut faire la même chose quand l'organe a été irrité par la poussière, la fumée, le frottement, une légère percussion; et, quand il a été affaibli par trop de lumière ou d'humidité, il faut y souffler des liqueurs spiritueuses ou toniques: enfin il faut s'abstenir soigneusement d'aliments salés, et en même temps exciter une transpiration modérée, conserver les cheveux un peu longs, éviter la fraîcheur quand on est échauffé, et entretenir la liberté du ventre.
Ces préservatifs simples sont appuyés sur l'observation et l'expérience; et, quand ils sont employés à propos, ils préviennent la maladie et conservent la vue.
NOTICE
Sur la topographie physique et médicale de Ssalehhyéh; par le citoyen Savaresi, médecin ordinaire de l'armée d'Orient.
Ssalehhyéh, dans la province de Charqyéh, est la réunion, au milieu d'une immense forêt de palmiers, d'une trentaine de petits hameaux bâtis avec une boue sablonneuse et séchée au soleil. On y observe douze à quinze petits lacs, qui restent à sec pendant l'été, et un grand nombre de fossés où l'eau vient se déposer et séjourner toute l'année. Il s'élève au milieu de ces hameaux une assez belle mosquée, en partie ruinée, dont le minaret surmonte la forêt, interrompt agréablement la régularité du rideau de verdure, et fait un bel effet dans le paysage. Ce monument, entouré d'une fortification élevée par les Français, et qui doit être considéré comme le point principal de tout ce canton, est situé, d'après les observations exactes et récentes du citoyen Nouet, au 29° 39' 30" de longitude, et au 30° 48' 28" de latitude boréale, méridien de Paris.
Les maisons des paysans, ou plutôt leurs huttes ont six pieds d'élévation sur quatre pieds de large et cinq pieds de long; il y en a de plus petites encore: quelques-unes sont blanchies intérieurement avec du plâtre; elles sont garnies d'un lit et d'une natte de palmier ou de jonc. Les hommes et les animaux vivent à peu près pêle-mêle. Les habitants sont Arabes, et de diverses tribus qui autrefois étaient ennemies et souvent en guerre.
La forêt, qui a trois à quatre lieues de tour, confine à l'est avec le désert, qui, d'après les modernes, sépare l'Asie de l'Afrique, ou forme l'isthme de Souès. C'est à environ deux heures de marche dans ce désert qu'eut lieu le combat de thermidor an VI, lorsque l'armée poursuivit Ibrahim bey dans sa fuite en Syrie.